pour eux ; Allah leur en a donc ôté l’essence même. Il arrive qu’une chose soit déclarée inexistante dès lors que disparaissent son fruit et la finalité qu’on en attend. Le Très-Haut dit au sujet de l’habitant du Feu : « La Géhenne lui est vouée ; il n’y mourra pas et n’y vivra pas non plus. » (Ṭâ Hâ, 74) — Il nie ici la vie parce que son utilité et la visée qu’elle porte ne subsistent plus. On dit ainsi : « Il n’est de richesse que celle que l’on dépense, et il n’est de science que celle qui profite. » (1)
C’est pour cette raison que le Très-Haut a dénié aux mécréants l’ouïe, la vue et l’intellect, puisqu’ils n’en tiraient aucun avantage. Il dit : « Nous leur avions accordé l’ouïe, la vue et des cœurs, mais ni leur ouïe, ni leur vue, ni leurs cœurs ne leur servirent à rien, car ils niaient les signes d’Allah. » (Al-Aḥqâf, 26) ; et encore : « Nous avons destiné à la Géhenne nombre de djinns et d’humains : ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. » (Al-Aʿrâf, 179).
Parce qu’ils n’atteignirent pas, par ces facultés, la guidance requise, ils furent assimilés à ceux qui en sont dépourvus ; le Très-Haut dit : « Sourds, muets, aveugles : ils ne raisonnent donc pas. » (Al-Baqarah, 171).
C’est donc le cœur qui est qualifié de clairvoyant ou d’aveugle, d’entendant ou de sourd, d’élocution ou de mutisme ; ces facultés lui appartiennent en propre, tandis que l’œil, l’oreille et la langue n’en sont que les instruments. Lorsque le cœur en est privé (2), leur possesseur demeure aveugle bien que ses yeux soient ouverts, sourd sans qu’aucun défaut n’atteigne son oreille, muet même si sa langue est éloquente. Allah — qu’Il soit exalté — dit : « Ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais bien les cœurs qui sont dans les poitrines. » (Al-Ḥajj, 46).
Il n’y a donc aucune contradiction entre l’établissement de la preuve par le savoir et le fait que ce même savoir soit retiré et nié par l’empreinte (3), le sceau et le verrou posés sur le cœur de celui qui ne se conforme pas aux exigences de cette preuve ni ne s’y soumet.