Rien ne détériore plus gravement le réceptacle du savoir que le fait qu’il devienne une cause d’égarement par ce même moyen qui devait guider. Sa relation à la guidée et à la science ressemble à celle d’une bouche que l’amertume a totalement envahie vis-à-vis d’une eau douce et pure, comme le dit ce vers :
Celui dont la bouche, malade, est rongée d’amertume
trouve amère, même, l’eau la plus limpide. (1)
Lorsque le cœur se corrompt, sa faculté de discernement se corrompt ; lorsque la bouche se corrompt, son sens du goût se corrompt ; il en va de même pour l’œil lorsqu’il s’abîme.
Les connaisseurs parmi les changeurs de monnaie disent : « Celui qui triche dans l’examen des pièces oublie et perd cet art ; la pièce pure et la pièce frauduleuse se confondent alors à ses yeux. » (2)
L’un des Anciens a dit : « La science appelle l’action ; si l’action lui répond, elle demeure ; sinon, elle s’en va. » (3)
Un autre ajoutait : « Nous nous aidions à préserver le savoir en le mettant en pratique. » (4)
Abandonner la mise en pratique du savoir compte donc parmi les causes les plus puissantes de sa disparition et de son oubli.
De plus, le savoir n’est recherché qu’en vue de l’action ; il tient lieu de guide pour le voyageur : s’il ne se met pas en marche,