Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Rien ne détériore plus gravement le réceptacle du savoir que le fait qu’il devienne une cause d’égarement par ce même moyen qui devait guider. Sa relation à la guidée et à la science ressemble à celle d’une bouche que l’amertume a totalement envahie vis-à-vis d’une eau douce et pure, comme le dit ce vers :
Celui dont la bouche, malade, est rongée d’amertume
trouve amère, même, l’eau la plus limpide. (1)

Lorsque le cœur se corrompt, sa faculté de discernement se corrompt ; lorsque la bouche se corrompt, son sens du goût se corrompt ; il en va de même pour l’œil lorsqu’il s’abîme.

Les connaisseurs parmi les changeurs de monnaie disent : « Celui qui triche dans l’examen des pièces oublie et perd cet art ; la pièce pure et la pièce frauduleuse se confondent alors à ses yeux. » (2)

L’un des Anciens a dit : « La science appelle l’action ; si l’action lui répond, elle demeure ; sinon, elle s’en va. » (3)

Un autre ajoutait : « Nous nous aidions à préserver le savoir en le mettant en pratique. » (4)

Abandonner la mise en pratique du savoir compte donc parmi les causes les plus puissantes de sa disparition et de son oubli.

De plus, le savoir n’est recherché qu’en vue de l’action ; il tient lieu de guide pour le voyageur : s’il ne se met pas en marche,

(1) Ce vers est d’al-Mutanabbi, Diwân, p. 130. (2) Voir : Rawdat al-muhibbin, p. 531. (3) Rapporté par al-Khatib (Iqtidaʼ al-ʿilm al-ʿamal, pp. 40-41) d’après ʿAli (qu’Allah l’agrée) et Muhammad b. al-Munkadir. (4) Rapporté par Abu Zurʿa al-Dimashqi dans al-Târikh, 1/311 ; par al-Bayhaqi dans Shuʿab al-îmân, 4/421 et 459 ; par al-Khatib dans al-Jâmiʿ, 2/388, ainsi que dans Iqtidaʼ al-ʿilm al-ʿamal, p. 149, et par d’autres, d’après Ibrahim b. Ismaʿil b. Mujammaʿ al-Ansari.
ولا شيء أعظمُ فسادًا لمحلِّ العلم من صَيْرورته بحيث يَضِلُّ بما يُهتدى به، فنسبتُه إلى الهدى والعلم نسبةُ الفَمِ الذي قد استحكَمت فيه المرارةُ إلى الماء العَذْب؛ كما قيل: ومن يكُ ذا فَمٍ مُرٍّ مريضٍ ... يَجِدْ مُرًّا به الماءَ الزُّلالا (١) فإذا فسد القلبُ فسد إدراكُه، وإذا فسد الفمُ فسد إدراكُه، وكذلك إذا فسدت العَيْن. وأهلُ المعرفة من الصَّيارفة يقولون: «إنَّ من خانَ في نَقْده نَسِيَ النَّقْدَ وسُلِبَه، فاشتبه عليه الخالصُ بالزَّغَل» (٢). ومن كلام بعض السَّلف: «العلمُ يَهْتِفُ بالعمل، فإن أجابه حَلَّ وإلا ارتحل» (٣). وقال بعضُ السلف: «كنَّا نستعينُ على حفظ العلم بالعمل به» (٤). فتركُ العمل بالعلم من أقوى الأسباب في ذهابه ونسيانه. وأيضًا؛ فإنَّ العلمَ يرادُ للعمل؛ فإنه بمنزلة الدليل للسَّائر، فإذا لم يَسِرْ
(١) البيت للمتنبي في ديوانه (١٣٠). (٢) انظر: «روضة المحبين» (٥٣١). (٣) أخرجه الخطيب في «اقتضاء العلم العمل» (٤٠، ٤١) عن علي ﵁، ومحمد بن المنكدر. (٤) أخرجه أبو زرعة الدمشقي في «التاريخ» (١/ ٣١١)، والبيهقي في «شعب الإيمان» (٤/ ٤٢١، ٤٥٩)، والخطيب في «الجامع» (٢/ ٣٨٨)، و «اقتضاء العلم العمل» (١٤٩)، وغيرهم عن إبراهيم بن إسماعيل بن مجمع الأنصاري.

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