Voici donc la clef de la question et le cœur de son analyse. Quant au premier point, il ne fait aucun doute ; la véritable difficulté réside dans le second – à savoir que la connaissance subsisterait telle quelle –. L’examen attentif montre, en effet, que les obstacles la voilent, l’obscurcissent et peuvent même, parfois, en inverser la nature au plus profond du cœur.
Le Coran l’atteste : « Et lorsque Moïse dit à son peuple : “Ô mon peuple, pourquoi me faites-vous du tort, alors que vous savez pertinemment que je suis l’envoyé d’Allah auprès de vous ?” Mais lorsqu’ils dévièrent, Allah fit dévier leurs cœurs ; et Allah ne guide pas les gens pervers » (as-Saff, 5). Le Très-Haut les a donc châtiés en détournant leurs cœurs de la vérité parce qu’ils s’en étaient d’abord écartés.
Il en va de même pour Sa parole : « Nous retournerons leurs cœurs et leurs regards, pour n’avoir pas cru la première fois, et Nous les laisserons, dans leur rébellion, tâtonner à l’aveugle » (al-Anʿâm, 110).
D’où ce propos : « Celui à qui l’on présente une vérité, qui la rejette et refuse de l’accepter, sera puni par la corruption de son cœur, de son intelligence et de son jugement. »
C’est également de là que vient l’adage : « Pas d’avis valable pour l’esclave de sa passion » (1) ; sa passion le pousse à repousser la vérité, et Allah corrompt alors son opinion et son entendement.
Allah – Très-Haut – dit encore : « Pour avoir rompu leur pacte, renié les signes d’Allah, tué les prophètes sans droit, et avoir déclaré : “Nos cœurs sont enveloppés”, non ! C’est Allah qui a scellé leurs cœurs à cause de leur mécréance » (an-Nisâʾ, 155). Il nous informe ainsi que leur incrédulité, malgré la connaissance de la vérité, entraîna le sceau qu’Allah apposa sur leurs cœurs, jusqu’à ce qu’ils deviennent des ghuluf (pluriel de aghlaf) : des cœurs qu’enveloppe une gangue opaque.