Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Cela a suffi à détourner une multitude de gens de la bonne direction : qu’un homme éprouve pour un autre une haine telle qu’il exècre l’endroit où il se tient et la terre même qu’il foule, résolu à le contredire et à lui être opposé. S’il voit alors cet ennemi embrasser la vérité, le seul désir de le contrarier et de le combattre le conduit à s’en prendre à la vérité et à ceux qui la portent, alors qu’il n’a, au fond, aucune hostilité à leur égard.

Il en alla ainsi des Juifs à l’égard des Ansâr : ces derniers étaient leurs adversaires, et les Juifs ne cessaient de les menacer (1) en leur annonçant la venue du Prophète ﷺ, affirmant qu’ils le suivraient et qu’ils combattraient les Ansâr à ses côtés (2). Or, lorsque les Ansâr le devancèrent et embrassèrent l’islam, l’animosité que leur vouaient les Juifs les maintint dans leur mécréance et leur judaïsme.

Dixième raison : l’entrave de la familiarité, de l’habitude et du milieu d’origine. L’habitude peut devenir si puissante qu’elle l’emporte sur la nature même ; c’est pourquoi l’on dit : « Elle est une seconde nature » (3). On élève l’homme dans une doctrine dès l’enfance ; son cœur et son âme y croissent comme sa chair et ses os se développent grâce à l’aliment qu’il reçoit. Il ne se conçoit qu’à travers elle. Puis la science survient soudain, voulant l’ôter de son cœur pour s’y installer ; la transition lui paraît pénible et le détachement difficile.

Bien que cette raison soit, en soi, la moins forte des entraves (4), elle est la plus répandue parmi les nations et les adeptes de doctrines et d’écoles : la plupart – pour ne pas dire la totalité – ne s’appuient que sur elle, sauf peut-être ceux qui

(1) (H) : «ils les menacent». Un commentaire suivra sur l’emploi du verbe tawaaʿada avec le sens de tawaaʿada (menacer). (2) Voir : Tafsîr al-Tabarî, t. 2, p. 332-337. (3) Sentence attribuée aux sages, souvent rapportée à Hippocrate ; cf. ʿUyûn al-Akhbâr, t. 3, p. 157 ; al-Hawâmil wa-l-Shawâmil, p. 171 ; al-ʿIqd, t. 6, p. 313. (4) (Q, N) : «maʿnâ» ; leçon fautive.
وهذا القَدْرُ منع خلقًا كثيرًا من اتباع الهدى؛ يكونُ للرجل عدوٌّ يُبْغِضُ مكانَه، ولا يحبُّ أرضًا يمشي عليها، ويقصدُ مخالفتَه ومناقضتَه، فيراه قد اتبعَ الحقَّ، فيحملُه قصدُ مناقضته ومعاداته على معاداة الحقِّ وأهله، وإن كان لا عداوةَ بينه وبينهم. وهذا كما جرى لليهود مع الأنصار؛ فإنهم كانوا أعداءهم، وكانوا يتواعدونهم (١) بخروج النبي ﷺ، وأنهم يتَّبعونه ويقاتلونهم معه (٢)، فلمَّا بَدَرَهم إليه الأنصارُ وأسلموا حملهم معاداتُهم على البقاء على كفرهم ويهوديَّتهم. السببُ العاشر: مانعُ الإلْفِ والعادة والمنشأ؛ فإنَّ العادةَ قد تقوى حتى تغلبَ حكمَ الطبيعة، ولهذا قيل: «هي طبيعةٌ ثانية» (٣)؛ فيُربَّى الرجلُ على المقالة ويُنشَّأُ عليها صغيرًا، فيتربَّى قلبُه ونفسُه عليها كما يتربَّى لحمُه وعظمُه على الغذاء المعتاد، ولا يعقلُ نفسَه إلا عليها، ثمَّ يأتيه العلمُ وهلةً واحدةً يريدُ إزالتها وإخراجَها من قلبه وأن يسكنَ موضعَها، فيعسرُ عليه الانتقال، ويصعبُ عليه الزوال. وهذا السببُ وإن كان أضعفَ الأسباب منعًا (٤) فهو أغلبُها على الأمم وأرباب المقالات والنِّحل، ليس مع أكثرهم ــ بل جميعهم، إلا ما عسى أن
(١) (ح): «يتوعدونهم». وسيأتي التعليق على استعمال «تواعد» بمعنى «توعَّد». (٢) انظر: «تفسير الطبري» (٢/ ٣٣٢ - ٣٣٧). (٣) من مقالات الحكماء. وتُنْسَبُ لبقراط. انظر: «عيون الأخبار» (٣/ ١٥٧)، و «الهوامل والشوامل» (١٧١)، و «العقد» (٦/ ٣١٣). (٤) (ق، ن): «معنا». تحريف.

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