Cela a suffi à détourner une multitude de gens de la bonne direction : qu’un homme éprouve pour un autre une haine telle qu’il exècre l’endroit où il se tient et la terre même qu’il foule, résolu à le contredire et à lui être opposé. S’il voit alors cet ennemi embrasser la vérité, le seul désir de le contrarier et de le combattre le conduit à s’en prendre à la vérité et à ceux qui la portent, alors qu’il n’a, au fond, aucune hostilité à leur égard.
Il en alla ainsi des Juifs à l’égard des Ansâr : ces derniers étaient leurs adversaires, et les Juifs ne cessaient de les menacer (1) en leur annonçant la venue du Prophète ﷺ, affirmant qu’ils le suivraient et qu’ils combattraient les Ansâr à ses côtés (2). Or, lorsque les Ansâr le devancèrent et embrassèrent l’islam, l’animosité que leur vouaient les Juifs les maintint dans leur mécréance et leur judaïsme.
Dixième raison : l’entrave de la familiarité, de l’habitude et du milieu d’origine. L’habitude peut devenir si puissante qu’elle l’emporte sur la nature même ; c’est pourquoi l’on dit : « Elle est une seconde nature » (3). On élève l’homme dans une doctrine dès l’enfance ; son cœur et son âme y croissent comme sa chair et ses os se développent grâce à l’aliment qu’il reçoit. Il ne se conçoit qu’à travers elle. Puis la science survient soudain, voulant l’ôter de son cœur pour s’y installer ; la transition lui paraît pénible et le détachement difficile.
Bien que cette raison soit, en soi, la moins forte des entraves (4), elle est la plus répandue parmi les nations et les adeptes de doctrines et d’écoles : la plupart – pour ne pas dire la totalité – ne s’appuient que sur elle, sauf peut-être ceux qui