Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

aux dignitaires que les messagers et leurs héritiers ont dépouillés de leur pouvoir usurpé ; ceux-ci les ont donc combattus et ont détourné les âmes de leur obéissance, pensant conserver à eux seuls la prééminence. Or la coutume immuable d’Allah à leur égard est de leur ôter toute autorité, ici-bas comme dans l’au-delà, et de les rabaisser aux yeux des créatures, les payant par l’exact opposé de leur intention : « Ton Seigneur n’est point injuste envers les serviteurs » (Fussilat 46).

Tel est le terrain sur lequel les deux camps déploient leurs arguments, l’endroit où les deux partis prennent pied. Installe-toi donc, ô arbitre équitable, sur le siège du jugement ; mets ta science et ta justice au service du règlement de ce litige, car chacun d’eux a avancé des preuves qu’on ne saurait réfuter ni repousser, et présenté des démonstrations irréfragables. As-tu quelque chose de plus qui permette de prononcer la sentence décisive, de dévoiler au chercheur de vérité l’issue correcte, de satisfaire les deux parties et de faire disparaître toute divergence ? Si tu n’en as rien, alors laisse la monture à son guide et rends l’arc à celui qui l’a façonné.

Laisse les passions à ceux qui en sont familiers ; ils ont tant peiné dans l’amour que le plus rétif s’est amolli (1).

Celui qui connaît sa propre valeur et reconnaît à l’homme de mérite le rang qui lui revient a frappé à la porte du succès, et Allah est le Suprême Ouvreur, l’Omniscient.

Nous disons donc — et la réussite vient d’Allah — : aucun des deux groupes (2) n’a dévié de ce qu’exige la science ni quitté la voie de la vérité. Leur divergence ne provient que du fait qu’ils ne se rencontrent pas sur un même terrain, et de l’emploi de termes équivoques ; dès que leurs sens sont précisés, la controverse s’évanouit et il apparaît que chaque parti est, en réalité, d’accord avec l’autre sur la substance même de son propos.

(1) Vers attribué à Abu al-Qasim al-Katib ‘Ali b. Aflah al-‘Absi (m. 532 H), cité dans al-Muntazam, t. 10, p. 82 ; on y lit l’expression : « qad mârasû ». (2) Lecture du manuscrit telle quelle ; la leçon correcte est : « kiltâ al-tâʾifatayn » (« les deux groupes »).
الرؤساء الذين سلبهم الرسلُ ووارثوهم رياستَهم الباطلة، فعادَوْهُم وصدُّوا النفوسَ عن متابعتهم؛ ظنًّا أنَّ الرياسة تبقى لهم وينفردون بها، وسُنَّةُ الله في هؤلاء أن يسلبهم رياسةَ الدنيا والآخرة، ويُصَغِّرهم في عيون الخلق؛ مقابلةً لهم بنقيض قصدهم، ﴿وَمَا رَبُّكَ بِظَلَّامٍ لِلْعَبِيدِ﴾ [فصلت: ٤٦]. فهذا موردُ احتجاج الفريقين، وموقفُ أقدام الطائفتين، فاجلس أيها المُنْصِفُ منهما مجلسَ الحكومة، وتوخَّ بعلمك وعدلك فَصْلَ هذه الخصومة، فقد أدلى كلٌّ منهما بحججٍ لا تُعارَضُ ولا تُمانَع، وجاء ببيِّناتٍ لا تُرَدُّ ولا تُدافَع، فهل عندك شيءٌ غيرُ هذا يحصلُ به فصلُ الخطاب، وينكشفُ به لطالب الحقِّ وجهُ الصواب، فيرضي الطائفتين، ويزولُ به الاختلافُ من البَيْن؟! وإلا فخلِّ المَطِيَّ وحادِيها، وأعطِ القوسَ باريها. دَع الهوى لأناسٍ يُعْرَفُونَ به ... قد كابدوا الحبَّ حتى لانَ أصْعَبُه (١) ومن عرف قَدْرَه، وعرف لذي الفضل فضله، فقد قَرَعَ باب التوفيق، والله الفتاح العليم. فنقول وبالله التوفيق: كلا الطائفتين (٢) ما خرجت عن مُوجَب العلم، ولا عدلت عن سَنَن الحقِّ، وإنما الاختلافُ والتباينُ بينهما من عدم التَّوارد على محلٍّ واحد، ومن إطلاق ألفاظٍ مجملة، بتفصيل معانيها يزولُ الاختلاف، ويظهرُ أنَّ كلَّ طائفةٍ موافقةٌ للأخرى على نفس قولها.
(١) من أبياتٍ لأبي القاسم الكاتب علي بن أفلح العبسي (ت: ٥٣٢) في ترجمته من «المنتظم» (١٠/ ٨٢). وفيه: «قد مارسوا». (٢) كذا. والجادة: «كلتا الطائفتين».

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