– et, ce faisant, de son âme ; il ne connaît plus sa véritable nature ni ses intérêts, il oublie même ce qui assurerait sa rectitude et sa réussite dans ce monde et dans l’au-delà. Il se retrouve ainsi désœuvré, laissé-pour-compte, semblable à du bétail en pâture ; les bêtes sont parfois mieux avisées de ce qui leur est profitable que lui, car elles demeurent sur la guidance parfaite que leur a accordée leur Créateur. Quant à cet homme, il a quitté la saine disposition (fitra) sur laquelle il fut formé ; il a oublié son Seigneur et Celui-ci l’a fait sombrer dans l’oubli de son âme, de ses qualités, et de tout ce qui peut la parfaire, l’élever et la rendre heureuse ici-bas et dans l’au-delà.
Allah, le Très-Haut, dit : « Ne suis pas celui dont Nous avons rendu le cœur indifférent à Notre rappel, qui suit sa passion, et dont la conduite est toute inconsidération » (sourate al-Kahf, 18 : 28). Parce qu’il s’est détourné du rappel de son Seigneur, sa situation et son cœur se sont disloqués : il ne prête plus aucune attention à son intérêt, à son perfectionnement, ni à ce qui élève son âme et son cœur ; son cœur est dispersé, abandonné, son affaire est en débandade, perplexe, il ne trouve plus de voie (1).
En somme, la connaissance d’Allah est la racine de toute science ; elle fonde la science par laquelle le serviteur perçoit son bonheur, son accomplissement et les intérêts de sa vie d’ici-bas comme de l’au-delà. L’ignorer implique forcément l’ignorance de soi, de ses intérêts, de sa perfection et de ce qui purifie l’âme et la mène à la réussite. Connaître Allah est la félicité du serviteur ; L’ignorer est la source même de sa misère.
Pour éclairer davantage cette idée :
Soixante-dix-huitième aspect : rien n’est pour le serviteur plus savoureux, plus doux, plus paisible ni plus agréable à son cœur et à son existence que l’amour de Celui qui l’a façonné et créé, la constance dans Son rappel et la quête de Son agrément.
Telle est la perfection sans laquelle aucune perfection n’existe pour l’homme ; pour elle furent créés les êtres, pour elle fut révélé le message, envoyés les messagers, élevés les cieux et la terre, établis le Paradis et l’Enfer, promulguées les lois sacrées, édifiée la Maison sacrée, et le pèlerinage vers elle fut rendu obligatoire