Il est donc manifeste que tous ces aspects se retrouvent réunis dans la science : elle est, de toutes les choses, la plus universellement utile, la plus féconde et la plus durable ; le besoin qu’on en a dépasse celui de la nourriture et même celui de la respiration, car au pire l’absence de celles-ci entraîne la mort du corps, tandis que la perte de la science équivaut à la mort du cœur et de l’esprit. Le serviteur ne peut donc s’en passer ne fût-ce qu’un clin d’œil ; lorsqu’elle vient à lui manquer, il devient pire que les ânes, voire « la pire des bêtes » (1) auprès d’Allah – rien alors n’est plus dépourvu que lui.
Quant au plaisir et à la jubilation que procure sa présence, ils tiennent au fait qu’elle est perfection en soi et qu’elle correspond parfaitement à l’âme ; l’ignorance, elle, est maladie et déficience : elle cause à l’âme une souffrance extrême. Celui qui ne ressent ni cette affinité pour la science ni cette répulsion pour l’ignorance est privé de sens, son âme est morte ; « une blessure ne fait pas souffrir un mort » (2).
L’obtention de la science permet donc à l’âme d’atteindre l’objet suprême de son amour et de s’y attacher ; elle y trouve un bonheur et une jouissance incomparables. Toutefois, cela varie selon la noblesse de l’objet connu, l’amour que l’âme lui porte et le plaisir qu’elle retire de sa proximité ; en cela, les sciences et les objets de connaissance diffèrent profondément. Ainsi, connaître le Créateur, l’Artisan et l’Innovateur des cieux et de la terre, L’aimer et rechercher Sa proximité n’a rien de commun avec la connaissance de la nature, de ses états, de ses accidents, de sa santé, de sa corruption et de ses mouvements.
Tout cela apparaîtra plus clairement dans le soixante-dix-septième aspect : la noblesse d’une science dépend de la noblesse de son objet, de la confiance de l’âme dans les preuves qui établissent son existence, de l’intensité du besoin de le connaître et de l’immensité du profit qui en découle.