ma preuve s’est interrompue et s’est révélée caduque ; je ne dispose donc plus d’aucun argument.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’Allah — exalté soit-Il — a appelé la science de l’argument « pouvoir » (sulṭân), parce qu’elle confère à celui qui la possède domination et capacité : grâce à elle, il exerce un ascendant sur les ignorants.
De fait, le pouvoir du savoir est plus grand que le pouvoir de la force. Aussi les gens se soumettent-ils à la preuve comme ils ne se soumettent pas à la contrainte physique : l’argument touche les cœurs, tandis que la main ne soumet que les corps. La preuve captive le cœur, le mène et humilie l’adversaire ; même s’il affiche obstination et dénégation, son cœur demeure soumis, abaissé, vaincu sous son autorité.
Quant au pouvoir du prestige, lorsqu’il n’est pas accompagné d’un savoir qui l’administre, il équivaut au règne des fauves, des lions et assimilés : une force dépourvue de connaissance et de miséricorde. Le pouvoir de la preuve, au contraire, est une force jointe à la science, à la miséricorde et à la sagesse. Celui dont le savoir n’est pas investi de puissance le doit soit à la faiblesse de son argument et de son autorité, soit à la contrainte que lui impose le pouvoir de la main et du glaive ; autrement, la preuve se suffit à elle-même : elle se porte secours, se manifeste face au faux et le terrasse.
Quarantième point : Allah — qu’Il soit exalté — a décrit les hôtes de l’Enfer comme ignorants et a indiqué qu’Il leur a fermé les voies du savoir. Il rapporte leurs propres paroles : « Ils diront : “Si nous avions écouté ou raisonné, nous ne serions pas parmi les hôtes de la Fournaise.” Ils reconnaissent alors leur faute : “Qu’anéantissement soit le sort des hôtes de la Fournaise !” » ⦗Al-Mulk : 10-11⦘. Ils confessent (1) qu’ils n’avaient ni entendu ni compris ; or l’ouïe et la raison sont la source même du savoir et c’est par elles qu’on l’acquiert.
Il dit encore : « Nous avons destiné à l’Enfer nombre de djinns et d’hommes ; ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. Ceux-là sont semblables au bétail — non, plus égarés encore ; ce sont eux les insouciants. » ⦗Al-A‘râf : 179⦘. Par ce verset, le Très-Haut annonce qu’ils n’ont pas obtenu