Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

on n’y accède jamais que par la porte de la science et de la volonté ; la volonté est la porte qui mène à Lui, et la science en est la clé, dont l’ouverture en dépend. La perfection de tout être humain ne se réalise qu’à travers ces deux dimensions : une résolution qui l’élève et une connaissance qui l’éclaire (1) et le guide. En effet, les degrés du bonheur et du succès échappent au serviteur pour l’une de ces deux raisons, ou pour les deux à la fois :
– soit qu’il n’en possède aucune connaissance, et alors il ne bougera pas pour les rechercher ;
– soit qu’il les connaisse, mais que son aspiration ne se hisse pas jusqu’à elles.
Il demeure alors prisonnier de la bassesse de sa nature ; son cœur, détourné et renversé, reste loin de la perfection pour laquelle il a été créé. Il a ravalé son âme au rang du bétail, paissant parmi les troupeaux sans berger ; il savoure quelques bouchées de confort et d’oisiveté, trouve douce la couche de l’impuissance et de la paresse, à l’opposé de celui à qui l’on a dressé un étendard (2) et qui s’est empressé de le rejoindre, à qui l’on a béni la solitude sur la voie qu’il poursuit, si bien qu’il s’y est tenu et y a persévéré. Les élans irrésistibles de son désir (3) ne veulent rien d’autre que la migration vers Allah et Son Messager ; son âme n’apprécie de compagnons que le voyageur de passage qui chemine avec lui sur cette même route.
Or, puisque la perfection de la volonté dépend de la perfection de l’objet voulu, et que la noblesse du savoir suit la noblesse de la réalité connue, la suprême félicité du serviteur — point de bonheur ni de vie pour lui sans elle — réside en ce que sa volonté s’attache à ce qui ne périt ni ne disparaît, et que les résolutions de son aspiration voyagent vers la Présence du Vivant qui ne meurt pas. Et il n’y a pour lui aucune voie vers cette aspiration

(1) Dans le manuscrit T, on lit : « yuwsilu-hu » (le fait parvenir). (2) Manuscrit Q : « dafʿa la-hu » (lui a été remis) ; manuscrit T : « waqaʿa la-hu » (lui est advenu). (3) Al-ghalabât est le pluriel de ghalaba (« domination, emprise »), vocable d’époque post-classique. Ibn Dawud cite, dans al-Zahra, v. 245 : « Abat ghalabât ash-shawqi illâ taqarruban ilayka, wa naʾy al-ʿadhl illâ tajannuban » – « Les élans irrésistibles du désir refusent toute chose hors le rapprochement vers toi, et l’éloignement des reproches n’admet rien si ce n’est l’évitement. » La phrase est altérée dans les manuscrits Q et T.
يوصلُ إليه أبدًا إلا من باب العلم والإرادة؛ فالإرادةُ بابُ الوصول إليه، والعلمُ مفتاحُ ذلك الباب المتوقِّف فتحُه عليه، وكمالُ كلِّ إنسانٍ إنما يتمُّ بهذين النوعين: هِمَّةٌ ترقِّيه، وعلمٌ يبصِّره (١) ويهديه= فإنَّ مراتبَ السعادةِ والفلاح إنما تفوتُ العبدَ من هاتين الجهتين، أو من إحداهما: * إمَّا أن لا يكون له علمٌ بها، فلا يتحركُ في طلبها. * أو يكون عالمًا بها ولا تنهضُ همَّتُه إليها. فلا يزالُ في حضيض طبعه محبوسًا، وقلبُه عن كماله الذي خُلِقَ له مصدودًا منكوسًا، قد أسامَ نفسَه مع الأنعام راعيًا مع الهَمَل، واستطابَ لُقَيْمات الراحة والبَطالة، واسْتَلانَ فراشَ العجز والكسل، لا كمن رُفِعَ له (٢) عَلَمٌ فشمَّر إليه، وبُورِكَ له في تفرُّده في طريق طلبه فلزمه واستقام عليه، قد أبَتْ غَلَباتُ شوقِه (٣) إلا الهجرة إلى الله ورسوله، ومقَتَت نفسُه الرفقاءَ إلا ابنَ سبيلٍ يرافقُه في سبيله. ولما كان كمالُ الإرادة بحسب كمال مرادها، وشرفُ العلم تابعٌ لشرف معلومه، كانت نهايةُ سعادة العبد التي لا سعادة له بدونها ولا حياة له إلا بها أن تكون إرادتُه متعلقةً بالمراد الذي لا يبلى ولا يفوت، وعَزَماتُ همَّته مسافرةً إلى حضرة الحيِّ الذي لا يموت. ولا سبيل له إلى هذا المطلب
(١) (ت): «يوصله». (٢) (ق): «دفع له». وفي (ت): «وقع له». (٣) الغَلَبات: جمع غلبة. مولدة. قال محمد بن داود في «الزهرة» (٢٤٥) من أبيات: أبَتْ غلَباتُ الشَّوقِ إلا تقرُّبا ... إليكَ ونأيُ العذلِ إلا تجنُّبا وتحرفت العبارة في (ق، ت).

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