Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

La deuxième raison est que le Prophète ﷺ leur précisa qu’ils n’étaient pas, pour ce qui est du wiṣāl, dans la même condition que lui : lorsqu’ils persévéraient sans rompre le jeûne, cela leur portait préjudice, tandis que, lui ﷺ, s’il prolongeait le jeûne, il n’en subissait aucun tort. Or, s’il avait effectivement mangé et bu, la réponse aurait dû être : « Moi non plus, je ne pratique pas le wiṣāl ; au contraire, je mange et je bois comme vous le faites. » Mais, puisqu’il les confirma dans leur remarque – « Tu pratiques pourtant le wiṣāl » – sans la leur dénier, cela prouve qu’il jeûnait bel et bien sans interruption et qu’il ne prenait ni nourriture ni boisson qui ferait rompre le jeûne.

La troisième raison est que, s’il s’était agi d’un repas et d’une boisson faisant perdre l’état de jeûne, l’argument fondé sur la différence entre lui et eux ne tiendrait plus ; en pareil cas, lui ﷺ et eux auraient été pareillement étrangers au wiṣāl. Comment, dès lors, son propos : « Je ne suis pas dans la même condition que vous » aurait-il pu constituer une réponse valable ? (1)

C’est un fait connu de la plupart des gens : quand le cœur ressent une joie intense, l’allégresse de voir son désir exaucé ou de rejoindre l’être aimé, ou, à l’inverse, une tristesse accablante, il en vient à oublier nourriture et boisson. Bien des amoureux passent ainsi plusieurs jours sans rien manger, leur appétit même ne réclamant plus de nourriture.

Un poète a merveilleusement exprimé cette idée :
« Les récits où ton souvenir revient l’occupent tant
qu’ils la détournent du breuvage et la distraient du repas.
Sur ton visage brille une lumière dont elle s’éclaire,
et dans tes paroles résonne, derrière elle, un guide-chant.
Quand la fatigue de la route la fait se plaindre,
tu lui promets la douceur du retour ; et, à l’heure convenue, elle revit. » (2)

(1) Les manuscrits portent la forme au nominatif ; la leçon usuelle est à l’accusatif. (2) Les premier et deuxième vers, composés par Idris b. Abi Hafsa et décrivant des chameaux, sont cités dans : Diwan al-maʿani, 1/191 ; al-Anwar, 1/400 ; al-Hamasa al-basriyya, 1/157 ; Zahr al-adab, 1/507. Le troisième vers est rapporté par al-Ghazali dans Risalat al-tayr, p. 72 (Maqalat falsafiyya, éd. Louis Cheikho), puis par Ismaʿil b. Ibrahim al-Maʿarri dans le Dhayl Mirat al-zaman d’al-Yunini, 3/43.
الثاني: أنَّ النبي ﷺ أخبرهم أنهم ليسوا كهيئته في الوصال، فإنهم إذا واصلوا تضرَّروا بذلك، وأمَّا هو ﷺ فإنه إذا واصلَ لا يتضررُ بالوصال. فلو كان يأكلُ ويشربُ لكان الجواب: «وأنا أيضًا لا أواصل، بل آكلُ وأشربُ كما تأكلون وتشربون»، فلمَّا قرَّرهم على قولهم: إنك تواصل، ولم ينكره عليهم، دلَّ على أنه كان مواصلًا، وأنه لم يكن يأكلُ أكلًا وشربًا يُفَطِّرُ الصَّائم. الثالث: أنه لو كان أكلًا وشربًا يُفَطِّرُ الصَّائمَ لم يصحَّ الجوابُ بالفارق بينهم وبينه، فإنه حينئذٍ يكون ﷺ هو وهم مشتركون (١) في عدم الوصال، فكيف يصحُّ الجوابُ بقوله: «لستُ كهيئتكم»؟! وهذا أمرٌ يعلمُه غالبُ الناس، أنَّ القلبَ متى حصلَ له ما يُفْرِحُه ويسرُّه من نيل مطلوبه، ووصال حبيبه، أو ما يغمُّه ويسوؤه ويحزنُه، شُغِل عن الطعام والشراب، حتى إنَّ كثيرًا من العشَّاق تمرُّ به الأيامُ لا يأكلُ شيئًا، ولا تطلبُ نفسه أكلًا. وقد أفصح القائلُ في هذا المعنى: لها أحاديثُ مِنْ ذكراكَ تَشْغَلُها ... عن الشَّرابِ وتُلْهِيها عن الزَّادِ لها بوجهكَ نورٌ تستضيءُ به ... ومِنْ حديثك في أعقابها حادِي إذا اشْتكَتْ مِنْ كَلالِ السَّيْرِ أوعدها ... رَوْحَ القُدومِ فتحيا عند ميعادِ (٢)
(١) كذا في الأصول، بالرفع. والجادة النصب. (٢) الأول والثاني: لإدريس بن أبي حفصة، يَذْكُر إبلًا، في «ديوان المعاني» (١/ ١٩١)، و «الأنوار» (١/ ٤٠٠)، و «الحماسة البصرية» (١/ ١٥٧)، و «زهر الآداب» (١/ ٥٠٧). والثالث: أنشده الغزالي في «رسالة الطير» (٧٢ - مقالات فلسفية نشرها لويس شيخو»، وأنشده إسماعيل بن إبراهيم المعرِّي في «ذيل مرآة الزمان» لليونيني (٣/ ٤٣).

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