La deuxième raison est que le Prophète ﷺ leur précisa qu’ils n’étaient pas, pour ce qui est du wiṣāl, dans la même condition que lui : lorsqu’ils persévéraient sans rompre le jeûne, cela leur portait préjudice, tandis que, lui ﷺ, s’il prolongeait le jeûne, il n’en subissait aucun tort. Or, s’il avait effectivement mangé et bu, la réponse aurait dû être : « Moi non plus, je ne pratique pas le wiṣāl ; au contraire, je mange et je bois comme vous le faites. » Mais, puisqu’il les confirma dans leur remarque – « Tu pratiques pourtant le wiṣāl » – sans la leur dénier, cela prouve qu’il jeûnait bel et bien sans interruption et qu’il ne prenait ni nourriture ni boisson qui ferait rompre le jeûne.
La troisième raison est que, s’il s’était agi d’un repas et d’une boisson faisant perdre l’état de jeûne, l’argument fondé sur la différence entre lui et eux ne tiendrait plus ; en pareil cas, lui ﷺ et eux auraient été pareillement étrangers au wiṣāl. Comment, dès lors, son propos : « Je ne suis pas dans la même condition que vous » aurait-il pu constituer une réponse valable ? (1)
C’est un fait connu de la plupart des gens : quand le cœur ressent une joie intense, l’allégresse de voir son désir exaucé ou de rejoindre l’être aimé, ou, à l’inverse, une tristesse accablante, il en vient à oublier nourriture et boisson. Bien des amoureux passent ainsi plusieurs jours sans rien manger, leur appétit même ne réclamant plus de nourriture.
Un poète a merveilleusement exprimé cette idée :
« Les récits où ton souvenir revient l’occupent tant
qu’ils la détournent du breuvage et la distraient du repas.
Sur ton visage brille une lumière dont elle s’éclaire,
et dans tes paroles résonne, derrière elle, un guide-chant.
Quand la fatigue de la route la fait se plaindre,
tu lui promets la douceur du retour ; et, à l’heure convenue, elle revit. » (2)