Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

aux animaux ; bien plus, il se peut que nombre d’entre eux en aient une part plus grande que l’homme. Aussi, quiconque ne goûte d’autre plaisir que celui que partagent avec lui les fauves, les bêtes de somme et le bétail fait partie de ceux « qu’on appelle d’un lieu éloigné » (1).

Mais que vaut ce plaisir, comparé à la délectation qu’inspire une chose dont la joie, lorsqu’elle pénètre les cœurs, les détache des fils et des épouses, des patries et des biens, des frères et des demeures ? Ils se résolvent à tout abandonner d’un seul élan, à s’en dépouiller entièrement, exposant leur personne aux pires épreuves et aux difficultés les plus rudes, et ils les supportent (2) la poitrine dilatée, au point qu’il leur devient doux de tuer leur propre fils, leur père, leur épouse ou leur frère, sans que le blâme des censeurs ne les ébranle.

Ainsi l’un d’eux (3) reçoit-il la lance en pleine poitrine en s’écriant : « J’ai triomphé, par le Seigneur de la Ka‘ba ! »

Un autre (4), trouvant sa vie interminable, laisse tomber la bouchée qu’il tenait et s’écrie : « Quelle longue vie que d’attendre le temps de la manger ! », puis s’avance vers la mort, heureux et réjoui.

Et tel autre (5) — malgré son dénuement — déclare : « Si les rois et les fils de rois savaient ce que nous…»

(1) Al-Farraʾ, Maʿânî al-Qurʾân, 3/20 : « À celui qui ne saisit pas tes propos, tu dis : “On t’interpelle d’un lieu éloigné !” ; au perspicace, tu dis : “Tu saisis la chose de tout près.” » Voir aussi : al-Naḥḥâs, Maʿânî al-Qurʾân, 6/281. (2) Forme non fixée dans les manuscrits D et T. Le manuscrit Q porte : « mustahill bihâdhâ » (qui déclare ceci licite) ; le manuscrit N : « mutaḥammil bihâdhâ » (qui l’assume/supporte). (3) Il s’agit de Ḥarâm b. Milḥân ; le récit est rapporté par al-Bukhârî, 4092, et Muslim, 677. (4) Il s’agit de ʿUmayr b. al-Ḥamâm ; son histoire est transmise par Muslim, 1901. (5) Il s’agit d’Ibrâhîm b. Adham. Sa parole est citée par Abû Nuʿaym, Ḥilyat al-awliyâʾ, 7/370, par al-Bayhaqî, al-Zuhd, 80, et par d’autres auteurs.
البهائم، بل قد يكونُ حظُّ كثير من البهائم منها أكثر من حظِّ الإنسان؛ فمن لم يكن عنده لذةٌ إلا اللذةُ التي تشاركهُ فيها السِّباعُ والدوابُّ والأنعامُ فذلك ممن يُنادى من مكانٍ بعيد (١). ولكن أين هذه اللذةُ من اللذة بأمرٍ إذا خالط بشاشتُه القلوبَ سَلا عن الأبناء والنساء، والأوطان والأموال، والإخوان والمساكن، ورضي بتركها كلِّها والخروج منها رأسًا، وعرَّض نفسَه لأنواع المكاره والمشاقِّ، وهو متحملٌ لهذا (٢)، منشرحُ الصدر به، يطيبُ له قتلُ ابنه وأبيه وصاحبته وأخيه، لا تأخذُه في ذلك لومةُ لائم. حتى إنَّ أحدَهم (٣) ليتلقَّى الرمحَ بصدره وهو يقول: «فزتُ وربِّ الكعبة». ويستطيلُ الآخرُ (٤) حياتَه حتى يلقي قُوتَه من يده، ويقول: «إنها لحياةٌ طويلةٌ إن صبرتُ حتى آكلها»، ثم يتقدَّمُ إلى الموت فَرِحًا مسرورًا. ويقول الآخر (٥) ــ مع فقره ــ: «لو علم الملوكُ وأبناء الملوك ما نحن
(١) قال الفراء في «معاني القرآن» (٣/ ٢٠): «تقول للرجل الذي لا يفهم قولك: أنت تُنادى من مكانٍ بعيد. وتقول للفَهِم: إنك لتأخذُ الشيء من قريب». وانظر: «معاني القرآن» للنحاس (٦/ ٢٨١). (٢) غير محررة في (د، ت). (ق): «مستحل بهذا». (ن): «متحمل بهذا». (٣) هو حرام بن ملحان ﵁. أخرجه البخاري (٤٠٩٢)، ومسلم (٦٧٧). (٤) هو عمير بن الحمام ﵁. أخرج خبره مسلم (١٩٠١). (٥) هو إبراهيم بن أدهم. أخرج قوله أبو نعيم في «الحلية» (٧/ ٣٧٠)، والبيهقي في «الزهد» (٨٠)، وغيرهما.

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