aux animaux ; bien plus, il se peut que nombre d’entre eux en aient une part plus grande que l’homme. Aussi, quiconque ne goûte d’autre plaisir que celui que partagent avec lui les fauves, les bêtes de somme et le bétail fait partie de ceux « qu’on appelle d’un lieu éloigné » (1).
Mais que vaut ce plaisir, comparé à la délectation qu’inspire une chose dont la joie, lorsqu’elle pénètre les cœurs, les détache des fils et des épouses, des patries et des biens, des frères et des demeures ? Ils se résolvent à tout abandonner d’un seul élan, à s’en dépouiller entièrement, exposant leur personne aux pires épreuves et aux difficultés les plus rudes, et ils les supportent (2) la poitrine dilatée, au point qu’il leur devient doux de tuer leur propre fils, leur père, leur épouse ou leur frère, sans que le blâme des censeurs ne les ébranle.
Ainsi l’un d’eux (3) reçoit-il la lance en pleine poitrine en s’écriant : « J’ai triomphé, par le Seigneur de la Ka‘ba ! »
Un autre (4), trouvant sa vie interminable, laisse tomber la bouchée qu’il tenait et s’écrie : « Quelle longue vie que d’attendre le temps de la manger ! », puis s’avance vers la mort, heureux et réjoui.
Et tel autre (5) — malgré son dénuement — déclare : « Si les rois et les fils de rois savaient ce que nous…»