Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Le Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – expose, en un endroit, la cause qui justifie une règle et, en un autre, l’empêchement qui la suspend ; il confirme un point ici, puis nie ce qui lui ressemble extérieurement ou s’y oppose en réalité. Or la plupart des gens ne possèdent pas une vue d’ensemble de ses textes : ils entendent le hadith sans connaître la condition qui l’accompagne, ni les obstacles qui en neutralisent l’effet, ni la restriction qui le particularise ; ils ne prennent pas garde non plus à la différence entre ce qu’il a affirmé et ce qu’il a récusé, d’où surgissent chez eux toutes sortes de difficultés.
À cela s’ajoute l’ignorance de la cible précise de son discours et de la logique interne de sa parole.
Vient encore le fait de calquer sa parole sur les terminologies apparues chez les savants – (1) théoriciens des fondements, jurisconsultes, spécialistes des états du cœur, et autres. Chacun de ces groupes a développé, dans ses échanges et ses écrits, des vocabulaires techniques récents ; celui qui s’est accoutumé à ces termes postérieurs, au point que leurs sens occupent son esprit à l’exclusion de tout autre, entend la parole du Législateur et l’interprète selon ce répertoire familier. Il attribue alors au Législateur une intention qu’Il n’a jamais eue et introduit, dans son raisonnement comme dans ses débats, les dérèglements que l’on imagine (2).
Ceci compte parmi les causes les plus graves d’erreur à son sujet (3), d’autant plus que l’on dispose rarement d’un véritable capital de connaissance de ses textes.

(1) Omission dans le manuscrit D ; les manuscrits T et Q portent « bayn » ; la leçon retenue suit le manuscrit Ṭ. (2) Cf. Ibn Taymiyya, Majmu‘ al-Fatâwâ, t. 1, p. 243 ; t. 12, p. 106 ; t. 13, p. 146 ; t. 14, p. 101 et 133 ; Id., al-Istiqâma, t. 1, p. 23 ; Id., al-Jawâb al-ṣaḥîḥ, t. 4, p. 483 ; Ibn al-Qayyim, I‘lâm al-muwaqqi‘în, t. 1, p. 35, 43, 90 ; Id., Zâd al-ma‘âd, t. 1, p. 283 ; t. 2, p. 118 ; Id., al-Ṣawâ‘iq al-mursala, p. 189, 289, 672, 675 ; Id., Shifâ’ al-‘alîl, p. 141. (3) Le manuscrit T lit : « min asbab ‘alayhi » (« parmi les causes qui pèsent contre lui »).
والنبيُّ ﷺ يذكرُ المقتضي في موضعٍ والمانعَ في موضعٍ آخر، ويُثْبِتُ الشيءَ في موضعٍ وينفي مثلَه في الصُّورة وعكسَه في الحقيقة، ولا يحيطُ أكثرُ الناس بمجموع نصوصه علمًا، ويسمعُ النصَّ ولا يسمعُ شرطَه ولا موانع مقتضاه ولا تخصيصَه، ولا ينتبهُ للفرق بين ما أثبته ونفاه، فينشأ من ذلك في حقِّه من الإشكالات ما ينشأ. وينضافُ هذا إلى عدم معرفة الخاصِّ بخطابه ومجاري كلامه. وينضافُ إلى ذلك تنزيلُ كلامه على الاصطلاحات التي أحدثَها أربابُ العلوم من (١) الأصوليِّين والفقهاء وعلم أحوال القلوب وغيرهم، فإنَّ لكلٍّ من هؤلاء اصطلاحاتٍ حادثةً في مخاطباتهم وتصانيفهم، فيجيءُ من قد أَلِفَ تلك الاصطلاحات الحادثة وسبقَت معانيها إلى قلبه فلم يعرِف سواها، فيسمعُ كلامَ الشارع فيحملُه على ما ألِفَه من الاصطلاح، فيقعُ بسبب ذلك في الفهم عن الشارع ما لم يُرِده بكلامه، ويقعُ من الخلل في نظره ومناظرته ما يقع (٢). وهذا من أعظم أسباب الغلط عليه (٣)، مع قلَّة البضاعة من معرفة نصوصه.
(١) مهملة في (د). (ت، ق): «بين». والمثبت من (ط). (٢) انظر: «مجموع الفتاوى» (١/ ٢٤٣، ١٢/ ١٠٦، ١٣/ ١٤٦، ١٤/ ١٠١،١٣٣)، و «الاستقامة» (١/ ٢٣)، و «الجواب الصحيح» (٤/ ٤٨٣)، و «إعلام الموقعين» (١/ ٣٥، ٤٣، ٩٠)، و «زاد المعاد» (١/ ٢٨٣، ٢/ ١١٨)، و «الصواعق المرسلة» (١٨٩، ٢٨٩، ٦٧٢، ٦٧٥)، و «شفاء العليل» (١٤١). (٣) (ت): «من أسباب عليه».

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