Le Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – expose, en un endroit, la cause qui justifie une règle et, en un autre, l’empêchement qui la suspend ; il confirme un point ici, puis nie ce qui lui ressemble extérieurement ou s’y oppose en réalité. Or la plupart des gens ne possèdent pas une vue d’ensemble de ses textes : ils entendent le hadith sans connaître la condition qui l’accompagne, ni les obstacles qui en neutralisent l’effet, ni la restriction qui le particularise ; ils ne prennent pas garde non plus à la différence entre ce qu’il a affirmé et ce qu’il a récusé, d’où surgissent chez eux toutes sortes de difficultés.
À cela s’ajoute l’ignorance de la cible précise de son discours et de la logique interne de sa parole.
Vient encore le fait de calquer sa parole sur les terminologies apparues chez les savants – (1) théoriciens des fondements, jurisconsultes, spécialistes des états du cœur, et autres. Chacun de ces groupes a développé, dans ses échanges et ses écrits, des vocabulaires techniques récents ; celui qui s’est accoutumé à ces termes postérieurs, au point que leurs sens occupent son esprit à l’exclusion de tout autre, entend la parole du Législateur et l’interprète selon ce répertoire familier. Il attribue alors au Législateur une intention qu’Il n’a jamais eue et introduit, dans son raisonnement comme dans ses débats, les dérèglements que l’on imagine (2).
Ceci compte parmi les causes les plus graves d’erreur à son sujet (3), d’autant plus que l’on dispose rarement d’un véritable capital de connaissance de ses textes.