Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

un éternuement qu’il aurait aussitôt interprété comme un funeste présage.

Lorsqu’un proche qu’ils appréciaient éternuait, ils lui lançaient : « Longue vie et jeunesse ! » ; mais si c’était quelqu’un qu’ils détestaient, ils disaient : « Que la cirrhose et la toux chronique t’atteignent ! » (1). Le warya – sur le même gabarit que ramy – désigne en effet une maladie qui frappe le foie et le détruit, tandis que le quhāb correspond, tant par le mot que par le sens, à une violente quinte de toux.

Si un homme entendait un éternuement qu’il tenait pour de mauvais augure, il s’écriait : « Sur toi, pas sur moi ! » – autrement dit : « Je demande à Allah que le mauvais sort de ton éternuement retombe sur toi et non sur moi. »

Leur superstition atteignait son comble lorsqu’il s’agissait d’un éternuement particulièrement sonore. On raconte ainsi qu’un roi, effrayé par l’éternuement retentissant d’un compagnon de veillée, entra dans une violente colère. Le compagnon protesta : « Par Allah, je ne l’ai pas fait exprès ; c’est ma manière d’éternuer. » Le roi rétorqua : « Par Allah, si tu ne me produis pas un témoin, je te fais exécuter ! » L’homme demanda : « Conduis-moi parmi la foule, peut-être y trouverai-je quelqu’un qui attestera. » On le fit sortir sous bonne garde. Il rencontra un passant et le supplia : « Par Allah, si tu m’as déjà entendu éternuer, viens témoigner devant le roi. » – « Oui, j’en atteste », répondit l’autre. Il se présenta donc et déclara : « Ô roi, je certifie qu’un jour cet homme éternua si fort qu’une de ses molaires vola hors de sa bouche ! » Le roi conclut : « Reprends donc ton récit et ta place. » (2)

Puis Allah, exalté soit-Il, fit advenir l’islam, et Son Messager – que la bénédiction et la paix soient sur lui – abrogea les égarements de la jāhiliyya : il interdit à sa communauté tout pessimisme et tout augure, et prescrivit de remplacer les malédictions adressées à l’éternueur par des invocations de miséricorde, de même qu’il ordonna à celui qui porte le mauvais œil d’invoquer la bénédiction divine pour la personne qu’il atteint.

(1) Voir : al-Basaʾir wa-l-Dhakhaʾir, vol. 8, p. 135. On relève couramment que cette formule se dit lors d’une quinte de toux ; cf. également Amali al-Qali, vol. 2, p. 221 ; Tahdhib al-Lugha, vol. 4, p. 74, et d’autres sources. (2) Voir : al-Aghani, t. 3, p. 47 ; al-Tadhkira al-Hamduniyya, t. 9, p. 390.
عطاسًا فيتشاءم به. وكانوا إذا عَطس من يحبُّونه قالوا له: عُمْرًا وشبابًا، وإذا عَطس من يبغضونه قالوا له: وَرْيًا وقُحَابًا (١). والوَرْي ــ كالرَّمْي ــ: داءٌ يصيبُ الكبد فيفسدُها، والقُحَاب كالسُّعال، وزنًا ومعنى. وكان الرجلُ إذا سَمِع عطاسًا يتشاءمُ به، يقول: بكَ لا بي، أي: أسألُ الله أن يجعل شؤمَ عطاسك بكَ لا بي. وكان تشاؤمهم بالعَطْسة الشَّديدة أشدَّ، كما يحكى عن بعض الملوك أنَّ مسامرًا له عطسَ عطسةً شديدةً راعَتْه، فغضبَ الملك، فقال سميرُه: والله ما تعمَّدتُ ذلك، ولكنَّ هذا عُطاسي، فقال: والله لئن لم تأتني بمن يشهدُ لك بذلك لأقتلنَّك، فقال: أخرِجني إلى الناس لعلِّي أجدُ من يشهدُ لي، فأخرجَه، وقد وكَّل به الأعوان، فوجدَ رجلًا، فقال: يا سيِّدي نشدتُك بالله، إن كنتَ سمعتَ عُطاسي يومًا تشهدُ لي به عند الملك، فقال: نعم، أنا أشهدُ لك، فنهَض معه، وقال: أيها الملك، أنا أشهدُ أنَّ هذا الرجل عطسَ يومًا فطار ضرسٌ من أضراسه! فقال له الملك: عُد إلى حديثك ومجلسك (٢). فلمَّا جاء الله سبحانه بالإسلام، وأبطَل رسوله ﷺ ما كان عليه الجاهليةُ من الضلال؛ نهى أمَّته عن التشاؤم والتطيُّر، وشرَع لهم أن يجعلوا مكانَ الدعاء على العاطس بالمكروه دعاءً له بالرحمة، كما أمر العائن أن يدعو بالتبريك للمَعِين.
(١) انظر: «البصائر والذخائر» (٨/ ١٣٥). والمشهور أنَّ ذلك يقال عند السعال. انظر: «أمالي القالي» (٢/ ٢٢١)، و «تهذيب اللغة» (٤/ ٧٤)، وغيرهما. (٢) انظر: «الأغاني» (٣/ ٤٧)، و «التذكرة الحمدونية» (٩/ ٣٩٠).

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