un éternuement qu’il aurait aussitôt interprété comme un funeste présage.
Lorsqu’un proche qu’ils appréciaient éternuait, ils lui lançaient : « Longue vie et jeunesse ! » ; mais si c’était quelqu’un qu’ils détestaient, ils disaient : « Que la cirrhose et la toux chronique t’atteignent ! » (1). Le warya – sur le même gabarit que ramy – désigne en effet une maladie qui frappe le foie et le détruit, tandis que le quhāb correspond, tant par le mot que par le sens, à une violente quinte de toux.
Si un homme entendait un éternuement qu’il tenait pour de mauvais augure, il s’écriait : « Sur toi, pas sur moi ! » – autrement dit : « Je demande à Allah que le mauvais sort de ton éternuement retombe sur toi et non sur moi. »
Leur superstition atteignait son comble lorsqu’il s’agissait d’un éternuement particulièrement sonore. On raconte ainsi qu’un roi, effrayé par l’éternuement retentissant d’un compagnon de veillée, entra dans une violente colère. Le compagnon protesta : « Par Allah, je ne l’ai pas fait exprès ; c’est ma manière d’éternuer. » Le roi rétorqua : « Par Allah, si tu ne me produis pas un témoin, je te fais exécuter ! » L’homme demanda : « Conduis-moi parmi la foule, peut-être y trouverai-je quelqu’un qui attestera. » On le fit sortir sous bonne garde. Il rencontra un passant et le supplia : « Par Allah, si tu m’as déjà entendu éternuer, viens témoigner devant le roi. » – « Oui, j’en atteste », répondit l’autre. Il se présenta donc et déclara : « Ô roi, je certifie qu’un jour cet homme éternua si fort qu’une de ses molaires vola hors de sa bouche ! » Le roi conclut : « Reprends donc ton récit et ta place. » (2)
Puis Allah, exalté soit-Il, fit advenir l’islam, et Son Messager – que la bénédiction et la paix soient sur lui – abrogea les égarements de la jāhiliyya : il interdit à sa communauté tout pessimisme et tout augure, et prescrivit de remplacer les malédictions adressées à l’éternueur par des invocations de miséricorde, de même qu’il ordonna à celui qui porte le mauvais œil d’invoquer la bénédiction divine pour la personne qu’il atteint.