Mais – et Allah sait mieux – on peut comprendre que les deux événements qui les ont frappés étaient déjà inscrits dans la Mère du Livre, tout comme il avait également été décrété qu’ils porteraient leurs deux noms jusqu’à ce que le Messager d’Allah ﷺ leur en choisisse d’autres. Ils se détournèrent toutefois de ce choix et négligèrent la recommandation qu’il leur avait faite ; ils furent donc châtiés par une sanction qui correspondait à leurs noms et qui leur avait été prédestinée, afin que cela serve d’avertissement aux autres.
Il se peut aussi que la crainte qu’éprouvait le Prophète ﷺ pour ceux qui portent des noms réprouvés (1) ait eu la même origine : un malheur peut frapper quelqu’un et rappeler le sens de son nom ; lui-même, ou tous ceux qui l’apprennent, peuvent alors penser que la calamité provient de ce nom qui lui aurait porté malheur, et ils en viendraient à désobéir à Allah.
Certains Compagnons et Successeurs ont même désapprouvé que l’on appelle ses esclaves « ʿAbd Allah », « ʿAbd al-Raḥmân », « ʿAbd al-Malik » et semblables, par crainte que ce nom n’entraîne leur affranchissement.
Saʿîd ibn Jubayr rapporte : « Je suis resté auprès d’Ibn ʿAbbâs une année entière sans lui adresser la parole (2) et sans qu’il me connaisse, jusqu’au jour où il reçut une lettre d’une femme d’Irak. Il appela alors ses jeunes esclaves et, au lieu de les interpeller par les noms ʿUbayd Allah, ʿAbd Allah et consorts, il lança : “Ô Mikhrâq ! Ô Waththâb !” (3). »
Abû Muʿâwiya a rapporté, d’après al-Aʿmash, d’après Ibrâhîm : « Ils trouvaient répréhensible qu’un homme nomme son esclave “ʿAbd Allah”, de peur que cela ne l’affranchisse » (4).
Mughîra a rapporté, d’après Abû Maʿshar, d’après Ibrâhîm, qu’il désapprouvait qu’un homme appelle son serviteur