Aḥmad ibn Zuhayr rapporte : Abû ʿAmmâr (1) nous raconta : « J’ai entendu Aws relater ce hadith, plus tard, d’après son frère Sahl ibn ʿAbd Allâh, lui-même le tenant de son père ʿAbd Allâh ibn Burayda. Je lui ai demandé à trois reprises : “Qui te l’a transmis ?” — “Sahl, mon frère”, répondit-il.
Ce qui dissipe toute ambiguïté au sujet du “hadith de la chamelle” (al-laqḥa) est l’ajout qu’Ibn Wahb a fait dans son Jâmiʿ (2). Après avoir cité le récit, il rapporte qu’ʿUmar ibn al-Khattâb se leva et dit : « Ô Messager d’Allah, puis-je parler ou dois-je me taire ? » — « Tais-toi, répliqua-t-il, et je vais t’exposer ce que tu voulais dire. Tu as pensé, ô ʿUmar, qu’il s’agissait d’une ṭiyara (mauvais présage) ; or il n’existe de présage que le Sien, et point de bien en dehors de Son bien. J’apprécie toutefois le bon augure. »
Ainsi s’évanouit tout prétexte qu’invoqueraient les superstitieux et le sens du hadith apparaît clairement. Louange à Allah, Seigneur des mondes.
Il se peut encore que cette attitude du Prophète ﷺ relève d’une visée pédagogique : inciter sa communauté à ne pas porter de noms disgracieux, et pousser celui qui embrasse l’islam tout en portant un nom déplaisant à le remplacer aussitôt, non par obligation mais pour deux raisons recommandées.
La première est de les détourner des doctrines de leurs aïeux et des intentions corrompues et réprouvées de leurs prédécesseurs ; doctrines qui attristent les uns et les autres quand ils les entendent, rencontrent leurs partisans, se mêlent à eux ou les croisent à l’improviste, car il demeure alors des traces de superstition tapies dans la nature humaine. Même si le serviteur en est préservé et lutte contre lui-même lorsqu’il rencontre celui qui porte ce nom ou qu’il entend celui de son frère, il n’échappe pas au tourment et à l’affliction du cœur.