Les Arabes avaient pour habitude de retourner les appellations, tantôt par superstition, tantôt par bon augure : ainsi appelaient-ils l’homme mordu par un serpent « Salīm » — espérant pour lui la salubrité que suggère ce nom et repoussant l’idée de maladie ; l’assoiffé devenait « Nāhil », c’est-à-dire « celui qui va se désaltérer » (naḥl désignant l’acte de boire) ; quant à l’immense étendue désertique, ils la nommaient « Mafāzah », autrement dit « lieu de salut », par présage de victoire et de délivrance, se gardant bien de l’appeler « Mahlakah » (« perdition ») pour éviter tout mauvais présage.
Ils suivaient, en matière de prénoms donnés à leurs enfants, plusieurs démarches :
• Certains choisissaient des noms annonçant la victoire sur l’ennemi : Ghālib, Ghallāb, Mālik, Zālim, ʿĀrim, Munāzil, Muqātil, Muʿārik, Mushir, Muʾarriq, Muṣabbiḥ, Ṭāriq.
• D’autres espéraient la sécurité et optaient pour Sālim, Thābit, et similaires.
• D’autres encore recherchaient le bonheur et la réussite : Saʿd, Saʿīd, Asʿad, Masʿūd, Suʿdā, Ghānim, etc.
• Certains, pour intimider leurs adversaires, employaient des noms de fauves : Asad, Layth, Dhiʾb, Ḍirghām, Shibl et consorts.
• D’autres préféraient des appellations évoquant la masse et la rudesse, par espoir de force : Ḥajar, Ṣakhr, Fihr, Jandal.
• Enfin, il arrivait qu’un homme sorte de chez lui tandis que son épouse était en travail ; l’enfant recevait alors le nom de la première créature qu’il rencontrait, qu’il s’agît d’un lion, d’un renard, d’un lézard, d’un chien, d’une gazelle, d’un ânon (1) ou de toute autre bête (2).