« Je me suis tourné vers la tribu de Lahb, désireux de recueillir leur science,
car le savoir des devins a été confié à Lahb.
Je me rendis auprès d’un de leurs anciens, homme intègre,
expert dans le langage des oiseaux, le dos voûté.
Je lui dis : « Que lis-tu dans le passage des oiseaux de bon augure
et dans le croassement du corbeau qui gratte la poussière ? »
Il répondit : « L’oiseau favorable a volé en annonçant la rupture,
et le corbeau a crié la séparation et le dépouillement.
Si elle n’est pas morte, c’est qu’un autre que toi
— un époux caché des Banû Kaʿb — partage désormais sa couche. » (1)
Un homme des Banû Asad raconta : « J’avais épousé la fille de mon oncle paternel.
Sur la route qui me menait à elle, je rencontrai une créature pareille à un chien,
la langue pendante(2) d’un côté. Je m’écriai : “Par le Seigneur de la Kaʿba, c’est l’échec !(3)”
Parvenu chez sa famille, je ne pus l’approcher et ses proches me provoquèrent.
Je les quittai et restai trois jours à l’écart. Puis je changeai d’avis et repartis vers eux.
En chemin, je croisai une chienne dont les mamelles(4) dégouttaient de lait.
Je dis : “Par le Seigneur de la Kaʿba, cette fois c’est la réussite !”
J’entrai donc auprès de mon épouse ; elle conçut un garçon, puis un second,
et finit par me donner plusieurs enfants. »
On rapporte encore, d’après Yahyâ ibn Khâlid : Deux hommes accomplissaient le pèlerinage.
On leur dit : « Près d’ici se trouve une femme qui pratique l’augure. »
Ils allèrent la consulter. L’un d’eux demanda : « Quel est le souci que nous portons ? »
Elle répondit : « Tu m’interroges au sujet d’un homme emprisonné, entravé. »
L’autre lui posa la même question ; elle dit : « Tu m’interroges au sujet d’un homme assassiné. »
Il s’écria : « Par Allah, c’est bien de la même personne que parlait mon compagnon ! »
— « Il en est ainsi que je l’ai dit », répliqua-t-elle.
Ils lui demandèrent alors d’expliquer ses paroles.
Elle dit : « N’avez-vous pas vu la servante qui passait, portant un coq égorgé ?… »