Il répondit : « J’ai vu un corbeau tombé(1) sur un peuplier qui s’arrachait les plumes. » Le Bédouin reprit : « ʿAzzah est morte. » Kuthayyir le rabroua(2) et poursuivit sa route ; lorsqu’il parvint en Égypte, les gens revenaient déjà de ses funérailles. Il récita alors :
« Le corbeau annonce l’exil et l’éloignement ;
le peuplier, la séparation d’avec l’aimée que tu côtoyais(3). »
On rapporte encore que, après ʿAzzah, il s’éprit d’une femme de son clan nommée Umm al-Huwayrith, d’une beauté remarquable et fort riche. Elle lui dit : « Pars, gagne de l’argent et je t’épouserai. » Il prit donc la route du Yémen, tandis qu’elle était déjà mariée à un homme des Banû Makhzûm. En chemin, il croisa un qût — un troupeau de gazelles — et continua. Plus loin, un corbeau se mit à croasser en grattant la poussière au-dessus de sa tête. Kuthayyir se rendit alors chez un clan des Azd, les Banû Lahb, réputés être parmi les Arabes les plus versés dans la science des augures(4). Un vieillard dont les sourcils retombaient sur ses yeux vivait parmi eux ; il lui raconta ce qui lui était arrivé. Le cheikh déclara : « Si ce que tu dis est vrai, cette femme est morte ou bien elle a épousé un homme des Banû Kaʿb. » Kuthayyir en fut accablé ; pris d’une violente affection du ventre(5), il en mourut. À ce propos, il composa :