Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Il répondit : « J’ai vu un corbeau tombé(1) sur un peuplier qui s’arrachait les plumes. » Le Bédouin reprit : « ʿAzzah est morte. » Kuthayyir le rabroua(2) et poursuivit sa route ; lorsqu’il parvint en Égypte, les gens revenaient déjà de ses funérailles. Il récita alors :
« Le corbeau annonce l’exil et l’éloignement ;
le peuplier, la séparation d’avec l’aimée que tu côtoyais(3). »

On rapporte encore que, après ʿAzzah, il s’éprit d’une femme de son clan nommée Umm al-Huwayrith, d’une beauté remarquable et fort riche. Elle lui dit : « Pars, gagne de l’argent et je t’épouserai. » Il prit donc la route du Yémen, tandis qu’elle était déjà mariée à un homme des Banû Makhzûm. En chemin, il croisa un qût — un troupeau de gazelles — et continua. Plus loin, un corbeau se mit à croasser en grattant la poussière au-dessus de sa tête. Kuthayyir se rendit alors chez un clan des Azd, les Banû Lahb, réputés être parmi les Arabes les plus versés dans la science des augures(4). Un vieillard dont les sourcils retombaient sur ses yeux vivait parmi eux ; il lui raconta ce qui lui était arrivé. Le cheikh déclara : « Si ce que tu dis est vrai, cette femme est morte ou bien elle a épousé un homme des Banû Kaʿb. » Kuthayyir en fut accablé ; pris d’une violente affection du ventre(5), il en mourut. À ce propos, il composa :

(1) Les manuscrits et plusieurs autres sources donnent cette leçon, qui est correcte. (2) Les manuscrits portent « fa-intahâ », forme corrompue ; la marge du manuscrit D suggère : « peut-être : fa-mâ intahâ ». (3) Voir : Dîwân Kuthayyir, p. 462 ; Iʿtilâl al-qulûb, p. 644 ; ʿUyûn al-akhbâr, t. 1, p. 148 ; al-Mawshâ, p. 265 ; Zahr al-adab, p. 480 ; Wafayât al-aʿyân, t. 4, p. 112 ; al-Dhakhîra d’Ibn Bassâm, t. 8, p. 535, etc. (4) Voir : al-Ishtiqâq, p. 491 ; Jumharat ansâb al-ʿArab, p. 376 ; Nasab Maʿadd wa-l-Yaman al-kabîr, p. 480 ; Thimâr al-qulûb, p. 223. (5) Il souffrait d’ascite, accumulation de liquide séreux dans la cavité péritonéale, pathologie dont on guérit rarement (al-Muʿjam al-wasît).
قال: رأيتُ غرابًا ساقطًا (١) فوق بانةٍ ينتفُ ريشَه، فقال: ماتت عَزَّة، فانتهَره (٢) ومضى، فوافى مصرَ والناسُ منصرفون من جنازتها، فأنشأ يقول: فأمَّا غرابٌ، فاغترابٌ وغُربةٌ ... وبانٌ، فبَينٌ من حبيبٍ تعاشِرُهْ (٣) وذكرَ عنه أيضًا أنه هَوِيَ امرأةً من قومه بعد عَزَّة، يقالُ لها: أمُّ الحويرث، وكانت فائقةَ الجمال، كثيرةَ المال، فقالت له: اخرُج فأصِب مالًا وأتزوَّجُك، فخرَج إلى اليمن وكان عليها رجلٌ من بني مخزوم، فلمَّا كان ببعض الطريق عرَض له قُوطٌ ــ والقُوط: الجماعةُ من الظِّباء ــ، فمضى، ثمَّ عرَض له غرابٌ ينعَبُ ويفحصُ الترابَ على رأسه، فأتى كُثيِّر حيًّا من الأزد ثمَّ مِنْ بني لِهْب، وهم من أزجر العرب (٤)، وفيهم شيخٌ قد سقط حاجباه على عينيه، فقصَّ عليه ما عرَض له، فقال: إن كنتَ صادقًا لقد ماتت هذه المرأةُ أو تزوَّجت رجلًا من بني كعب، فاغتمَّ كُثيِّر لذلك، وسقى بطنُه (٥)، فكان ذلك سببَ موته، وقال في ذلك:
(١) كذا في الأصول وبعض المصادر. وهو مستقيم. (٢) في الأصول: «فانتهى». تحريف. وفي طرة (د): «لعله: فما انتهى». (٣) انظر: ديوان كثيِّر (٤٦٢)، و «اعتلال القلوب» (٦٤٤)، و «عيون الأخبار» (١/ ١٤٨)، و «الموشى» (٢٦٥)، و «زهر الآداب» (٤٨٠)، و «وفيات الأعيان» (٤/ ١١٢)، و «الذخيرة» لابن بسام (٨/ ٥٣٥)، وغيرها. (٤) انظر: «الاشتقاق» (٤٩١)، و «جمهرة أنساب العرب» (٣٧٦)، و «نسب معد واليمن الكبير» (٤٨٠)، و «ثمار القلوب» (٢٢٣). (٥) أصابه الاستسقاء، وهو تجمُّع سائلٍ مَصْليٍّ في التجويف البريتوني لا يكاد يبرأ منه. «المعجم الوسيط».

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