On rapporte au sujet d’al-ʿUkli (1) qu’il était parti avec neuf hommes — il formait le dixième — pour détrousser les voyageurs. En chemin, il aperçut un corbeau posé (2) sur un peuplier (3) et déclara : « Mes compagnons, un funeste présage vous menace dans cette expédition ; détournez-vous, obéissez-moi et rentrez chez vous. » Ils s’y refusèrent. Il saisit alors son arc et rebroussa chemin. Les neuf hommes furent tués, et il improvisa ces vers :
« J’ai vu un corbeau perché au sommet d’un peuplier,
qui lissait le haut de ses plumes et les faisait voltiger.
J’ai dit : “Corbeau, c’est l’exil et l’éloignement sans espoir ;
Peuplier, c’est la séparation d’avec l’aimé qui partageait ta demeure.” (4)
Je ne blâme donc point l’Uklien (5) — puissent ses chamelles donner un lait inépuisable ! —
et, pour qui lit l’augure des oiseaux, qu’il ne manque jamais d’un protecteur (6). »
On rapporte encore que Kuthayyir ʿAzzah partit pour l’Égypte où séjournait ʿAzzah. Il rencontra un Bédouin de la tribu de Nahd, qui lui demanda : « Où te rends-tu ? » — « Je vais retrouver ʿAzzah en Égypte, » répondit-il. Le Bédouin répliqua : « Qu’as-tu donc lu sur ton propre visage ? »