Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

On rapporte au sujet d’al-ʿUkli (1) qu’il était parti avec neuf hommes — il formait le dixième — pour détrousser les voyageurs. En chemin, il aperçut un corbeau posé (2) sur un peuplier (3) et déclara : « Mes compagnons, un funeste présage vous menace dans cette expédition ; détournez-vous, obéissez-moi et rentrez chez vous. » Ils s’y refusèrent. Il saisit alors son arc et rebroussa chemin. Les neuf hommes furent tués, et il improvisa ces vers :

« J’ai vu un corbeau perché au sommet d’un peuplier,
qui lissait le haut de ses plumes et les faisait voltiger.

J’ai dit : “Corbeau, c’est l’exil et l’éloignement sans espoir ;
Peuplier, c’est la séparation d’avec l’aimé qui partageait ta demeure.” (4)

Je ne blâme donc point l’Uklien (5) — puissent ses chamelles donner un lait inépuisable ! —
et, pour qui lit l’augure des oiseaux, qu’il ne manque jamais d’un protecteur (6). »

On rapporte encore que Kuthayyir ʿAzzah partit pour l’Égypte où séjournait ʿAzzah. Il rencontra un Bédouin de la tribu de Nahd, qui lui demanda : « Où te rends-tu ? » — « Je vais retrouver ʿAzzah en Égypte, » répondit-il. Le Bédouin répliqua : « Qu’as-tu donc lu sur ton propre visage ? »

(1) Il s’agit de al-Samhari ibn Bishr al-‘Ukli. (2) (T) : « waqifan » (immobile). (3) Arbre élancé et souple, considéré comme de mauvais augure. Voir : al-Muʿjam al-wasit, p. 77 ; al-Mushâ, pp. 262, 265. (4) Certains manuscrits donnent « tuhadhiru » (tu la redoutes), d’autres « tuʿâshiru » (tu vis avec elle). Le vers apparaît toutefois étrange, et la version la plus courante est : « Je dis — et si je l’avais voulu je l’aurais chassé moi-même — au Nahdi : “Veux-tu le chasser ?” Il répondit : “Un corbeau, un exil…” » (5) Dans al-Sâhil wa-l-Shâhij, p. 609, et dans la plupart des sources attribuant ces vers à Kuthayyir dans l’anecdote suivante, on lit « al-Nahdi ». Abû al-‘Alâ’ remarque : « Il n’y a, chez les Nahd, aucune pratique divinatoire, comme on le prétend ; la bonne leçon est : “Je ne pronostiquerai rien contre le Lahbi.” » Ibn Hazm transmet la même variante dans al-Jumhura, p. 376. (6) Cf. : Ibn Durayd, al-Fawâ’id wa-l-Akhbâr, p. 10 ; al-Hayawân, 3/441 ; al-Aghânî, 21/263. Ces vers sont généralement attribués à Kuthayyir, comme on le montrera plus loin.
وذكرَ عن العُكليِّ (١) أنه خرج في تسعة نفرٍ هو عاشرُهم ليصيبوا الطريق، فرأى غرابًا واقعًا (٢) على بانة (٣)، فقال: يا قوم، إنكم تُصابون في سفركم هذا، فازدَجِروا وأطيعوني وارجعوا، فأبوا عليه، فأخَذ قوسَه وانصرف، وقُتِلَت التسعة، فأنشأ يقول: رأيتُ غرابًا واقعًا فوق بانةٍ ... يُنَشْنِشُ أعلى ريشه ويُطايِرُهْ فقلتُ: غرابٌ واغترابٌ من النوى ... وبانٌ فبَيْنٌ من حبيبٍ تُجَاوِرُهْ (٤) فما أعيفَ العُكْلِيَّ (٥) لا دَرَّ درُّه ... وأَزْجَرَه للطَّير لا عزَّ ناصِرُهْ (٦) وذكرَ عن كُثيِّر عَزَّة أنه خرج يريدُ مصر، وكانت بها عَزَّة، فلقيه أعرابيٌّ من نَهْد، فقال: أين تريد؟ قال: أريدُ عَزَّة بمصر، قال: ما رأيتَ في وجهك؟
(١) وهو السمهريُّ بن بشر العكلي. (٢) (ت): «واقفا». (٣) شجرٌ سبط القوام ليِّن، يُتطيَّر به. انظر: «المعجم الوسيط» (٧٧)، و «الموشى» (٢٦٢، ٢٦٥). (٤) في بعض المصادر: «تحاذره». وفي بعضها: «تعاشره». وفي سياق البيت هنا غرابة، والمشهور فيه: فقلت - ولو أني أشاء زجرته ... بنفسي - للنهدي: هل أنت زاجره فقال: غرابٌ واغتراب ... (٥) في «الصاهل والشاحج» (٦٠٩) وعامة المصادر التي نسبَت الأبيات لكثيِّر في خبره الآتي: «النهدي». قال أبو العلاء: «نهدٌ ليس فيها عيافةٌ على ما يذكرون، وإنما الرواية: فما أعيفَ اللِّهبيَّ». وكذا رواها ابن حزم في «الجمهرة» (٣٧٦). (٦) انظر: «الفوائد والأخبار» لابن دريد (١٠)، و «الحيوان» (٣/ ٤٤١)، و «الأغاني» (٢١/ ٢٦٣). والمشهور نسبة الأبيات لكثيِّر، كما سيأتي.

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