De même, on rapporte le propos d’ʿAlqama lorsqu’il cheminait avec ses compagnons. Alors qu’ils passaient, de nuit, près d’un vieillard décrépit, il déclara : « Vous venez de croiser un homme très âgé, à bout de force, qui lutte contre le Temps et que le Temps malmène à son tour ; il vous annonce que vous rencontrerez bientôt des gens gagnés par la faiblesse et l’abattement. »
Ils tombèrent ensuite sur un fauve, et il dit : « Une marche nocturne(1) qu’aucune force ne saura dominer. » Puis il aperçut un corbeau qui secouait sa poitrine(2) ; il s’exclama : « Bonne nouvelle ! Ne voyez-vous pas qu’il vous signifie que le lieu de halte est désormais sûr pour vous ? »— et les faits confirmèrent son présage(3).
Al-Madâʾinî rapporte encore qu’un homme de la tribu de Lahb—spécialisée dans l’art de l’augure—partit un jour pour régler une affaire, portant une outre de lait. Il marcha tout le début de la journée, puis la soif le gagna ; il fit agenouiller sa monture pour boire, lorsqu’un corbeau se mit à croasser. Il piqua aussitôt son chameau et reprit la route. La soif devenant pressante, il s’arrêta de nouveau pour boire ; le corbeau croassa encore, et il relança sa monture. À la troisième halte, le corbeau croassa puis se roula dans la poussière ; l’homme frappa alors l’outre de son sabre et découvrit à l’intérieur un énorme serpent noir(4).
Il reprit sa route et aperçut un corbeau posé sur un lotus sauvage ; il cria après lui, l’oiseau se percha sur un acacia(5). Il cria de nouveau ; le corbeau alla se poser sur un rocher. L’homme s’en approcha et trouva, sous ce rocher, un trésor.
De retour chez son père, celui-ci l’interrogea : « Qu’as-tu donc fait ? »—« J’ai marché jusqu’au milieu du jour ; puis j’ai immobilisé ma monture pour boire, et voilà qu’un corbeau a croassé. »—« Poursuis-le, sinon tu n’es plus mon fils ! » répliqua le père. « Je l’ai poursuivi ; puis je me suis arrêté pour boire, le corbeau a croassé et s’est roulé dans la poussière. »—« Fends l’outre, sinon tu n’es plus mon fils ! » ordonna-t-il. « Je l’ai fait ; à l’intérieur se trouvait un serpent…»