Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

De même, on rapporte le propos d’ʿAlqama lorsqu’il cheminait avec ses compagnons. Alors qu’ils passaient, de nuit, près d’un vieillard décrépit, il déclara : « Vous venez de croiser un homme très âgé, à bout de force, qui lutte contre le Temps et que le Temps malmène à son tour ; il vous annonce que vous rencontrerez bientôt des gens gagnés par la faiblesse et l’abattement. »

Ils tombèrent ensuite sur un fauve, et il dit : « Une marche nocturne(1) qu’aucune force ne saura dominer. » Puis il aperçut un corbeau qui secouait sa poitrine(2) ; il s’exclama : « Bonne nouvelle ! Ne voyez-vous pas qu’il vous signifie que le lieu de halte est désormais sûr pour vous ? »— et les faits confirmèrent son présage(3).

Al-Madâʾinî rapporte encore qu’un homme de la tribu de Lahb—spécialisée dans l’art de l’augure—partit un jour pour régler une affaire, portant une outre de lait. Il marcha tout le début de la journée, puis la soif le gagna ; il fit agenouiller sa monture pour boire, lorsqu’un corbeau se mit à croasser. Il piqua aussitôt son chameau et reprit la route. La soif devenant pressante, il s’arrêta de nouveau pour boire ; le corbeau croassa encore, et il relança sa monture. À la troisième halte, le corbeau croassa puis se roula dans la poussière ; l’homme frappa alors l’outre de son sabre et découvrit à l’intérieur un énorme serpent noir(4).

Il reprit sa route et aperçut un corbeau posé sur un lotus sauvage ; il cria après lui, l’oiseau se percha sur un acacia(5). Il cria de nouveau ; le corbeau alla se poser sur un rocher. L’homme s’en approcha et trouva, sous ce rocher, un trésor.

De retour chez son père, celui-ci l’interrogea : « Qu’as-tu donc fait ? »—« J’ai marché jusqu’au milieu du jour ; puis j’ai immobilisé ma monture pour boire, et voilà qu’un corbeau a croassé. »—« Poursuis-le, sinon tu n’es plus mon fils ! » répliqua le père. « Je l’ai poursuivi ; puis je me suis arrêté pour boire, le corbeau a croassé et s’est roulé dans la poussière. »—« Fends l’outre, sinon tu n’es plus mon fils ! » ordonna-t-il. « Je l’ai fait ; à l’intérieur se trouvait un serpent…»

(1) Tel qu’en attestent les manuscrits. Les termes daluḥ et daluj désignent celui qui avance sous une charge trop lourde. Cf. Lisân (entrée Dalḥ) et Sharḥ Ašʿâr al-Hudhaliyyîn, t. 1, p. 138. (2) Il s’agit de la zone où se rejoignent les extrémités supérieures des os de la poitrine. (3) Il se peut que ces récits proviennent de l’ouvrage d’al-Madâ’inî consacré à la qiyâfa (physiognomonie) et au zajr (auspices), tout comme les suivants. (4) Le Jalîs wa-l-Anîs porte la leçon «aswad sâlikh»; nous conservons celle des manuscrits et des deux sources citées infra. Al-aswad désigne un très grand serpent. (5) Arbuste épineux bien connu dont les feuilles servent au tannage. Cf. Lisân (racine Salam).
وكذلك قولُ علقمة في مسيره مع أصحابه، وقد مرُّوا في الليل بشيخٍ فانٍ، فقال: لقيتم شيخًا كبيرًا فانيًا يُغالِبُ الدَّهرَ والدَّهرُ يغالبه، يخبركم أنكم ستلقون قومًا فيهم ضعفٌ ووَهن. ثمَّ لقي سَبُعًا، فقال: دَلاجٌ (١) لا يُغْلَب. ثمَّ رأى غرابًا ينفضُ بجُؤْجؤه (٢)، فقال: أبشروا، ألا ترونَ أنه يخبرُكم أن قد اطمأنت بكم الدار؟ فكان كذلك (٣). وذكر المدائنيُّ، قال: خرجَ رجلٌ من لِهْبٍ ــ ولهم عِيافة ــ في حاجةٍ له، ومعه سقاءٌ من لَبَن، فسار صدرَ يومه، ثمَّ عطش، فأناخَ ليشرب، فإذا الغرابُ ينعَب، فأثارَ راحلتَه، ومضى، فلمَّا أجهَده العطشُ أناخَ ليشرب، فنعَب الغراب، فأثارَ راحلته، ثمَّ الثَّالثة، نعَب الغرابُ وتمرَّغ في التراب، فضربَ الرجلُ السِّقاءَ بسيفه، فإذا فيه أسودُ ضخم (٤)، ثمَّ مضى، فإذا غرابٌ على سِدْرَة، فصاحَ به، فوقعَ على سَلَمَة (٥)، فصاحَ به، فوقعَ على صخرة، فانتهى إليه، فإذا تحت الصخرة كنز. فلمَّا رجع إلى أبيه، قال له: ما صنعت؟ قال: سرتُ صدرَ يومي، ثمَّ أنختُ لأشرب، فإذا الغرابُ ينعَب. قال: أَثِرْهُ، وإلا لستَ بابني. قال: أثرتُه، ثمَّ أنختُ لأشرب، فنعَب الغراب وتمرَّغ في التراب. قال: اضرب السِّقاءَ، وإلا لستَ بابني. قال: فعلتُ، فإذا أسودُ
(١) كذا في الأصول. والدَّلوح والدَّلوج: الذي يمرُّ بحمله مثقلًا. انظر: «اللسان» (دلح)، و «شرح أشعار الهذليين» (١/ ١٣٨). (٢) وهو مجتمع رؤوس عظام الصدر. (٣) لعل هذه الأخبار من كتاب المدائني في القيافة والزجر، كالأخبار التالية. (٤) في «الجليس والأنيس»: «أسود سالخ». والمثبت من الأصول والمصدرين الآتيين. والأسود: العظيم من الحيَّات. (٥) شجرة معروفة ذات شوك يدبغ بورقها. «اللسان» (سلم).

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