— Et ensuite ? demanda-t-il.
— Nous avons alors aperçu un loup, la langue pendante hors de la gueule, qui hérissait son pelage(1), répondirent-ils.
Il dit : « Voilà un ardent rebelle, à la langue cinglante, qui couvre les arrières ; son seul souci est de répandre le sang. C’est l’“arqam des arqams”, c’est-à-dire Muhalhil(2). »
— Et après ?
— Puis le vent s’est levé et des nuées sont arrivées.
— Avez-vous été arrosés ?
— Oui.
— Avec des éclairs ?
— Il y en eut.
— Et l’eau ruisselait-elle ? [Ils répondirent : oui.]
Il conclut : « C’est du sang qui coulera, et des lames affûtées le feront verser. »
— Et ensuite ?
— Nous avons gravi le col de Ṣalʿāʾ(3), puis dévalé la colline de Fârân.
— Marchiez-vous de front ou l’un derrière l’autre ?
— De front.
— Et votre ciel ?
— Obscur, dense(4).
— Et le vent ?
— Nāṭiḥ.
— Qu’est devenu l’armée que vous aviez croisée ?
— Nous lui avons échappé en fuyant, mais elle s’est lancée vivement à notre poursuite.
— Et après ?
— Nous avons vu une aigle fondre sur une autre aigle ; elles se sont agrippées et sont tombées à terre.
Il dit : « C’est une troupe qui en attaque une autre ; elle finira par l’atteindre. »
— Et après ?
— Nous avons vu un fauve déchirer un autre fauve encore vivant.
Il déclara : « Laissez-moi ; par Allah, il s’agit d’une tribu des Banû Wâʾil qui sera terrassée, dévorée et massacrée après avoir connu puissance et résistance. »
On rapporte encore que ce même Taym al-Lât passa un jour près d’un chameau galeux sur lequel se trouvaient trois grands corbeaux noirs(5). Il dit alors à ses fils : « Vous me verrez gisant, assassiné. » La chose arriva comme il l’avait prédit ; il fut tué peu de temps après.