Dâwûd ibn ʿĪsâ ibn Muḥammad ibn ʿAlî rapporte : « Mon père et Abû Jaʿfar partirent comme combattants en pays byzantin, chacun accompagné de son esclave ; mon père avait son page, et Abû Jaʿfar son affranchi. Quatre gazelles (1) surgirent devant nous, puis, nous contournant furtivement, elles disparurent à notre vue avant de revenir ; l’une d’elles se détacha alors du groupe. Abû Jaʿfar déclara : “Par Allah, nous ne rentrerons pas tous.” Or l’affranchi d’Abû Jaʿfar mourut effectivement.
Un jour, l’un des émirs (2) ordonna à une de ses chanteuses d’entonner un air. Elle se lança :
« Ils l’ont tué pour s’asseoir à sa place,
tout comme, jadis, les satrapes trahirent Khosrau (3). »
Il s’écria : « Malheur à toi, chante autre chose ! » Elle poursuivit :
« Voici la halte de Muṭarrid ;
ses demeures et ses maisons ont été détruites (4). »
Il répliqua : « Malheur à toi, quelque chose d’autre ! » Elle répondit : « Par Allah, mon seigneur, je ne vise qu’à te complaire, mais ce qui vient d’abord à mes lèvres, tu l’entends. » Puis elle chanta :
« Kulayb, par ma vie, eut plus de partisans
et commis moins de tort que toi, pourtant il fut baigné de sang (5). »
L’émir conclut : « Je ne vois guère que ma fin soit proche. » Il entendit alors une voix déclarer : « L’affaire dont il est question est désormais tranchée. »