Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Dâwûd ibn ʿĪsâ ibn Muḥammad ibn ʿAlî rapporte : « Mon père et Abû Jaʿfar partirent comme combattants en pays byzantin, chacun accompagné de son esclave ; mon père avait son page, et Abû Jaʿfar son affranchi. Quatre gazelles (1) surgirent devant nous, puis, nous contournant furtivement, elles disparurent à notre vue avant de revenir ; l’une d’elles se détacha alors du groupe. Abû Jaʿfar déclara : “Par Allah, nous ne rentrerons pas tous.” Or l’affranchi d’Abû Jaʿfar mourut effectivement.

Un jour, l’un des émirs (2) ordonna à une de ses chanteuses d’entonner un air. Elle se lança :
« Ils l’ont tué pour s’asseoir à sa place,
tout comme, jadis, les satrapes trahirent Khosrau (3). »

Il s’écria : « Malheur à toi, chante autre chose ! » Elle poursuivit :
« Voici la halte de Muṭarrid ;
ses demeures et ses maisons ont été détruites (4). »

Il répliqua : « Malheur à toi, quelque chose d’autre ! » Elle répondit : « Par Allah, mon seigneur, je ne vise qu’à te complaire, mais ce qui vient d’abord à mes lèvres, tu l’entends. » Puis elle chanta :
« Kulayb, par ma vie, eut plus de partisans
et commis moins de tort que toi, pourtant il fut baigné de sang (5). »

L’émir conclut : « Je ne vois guère que ma fin soit proche. » Il entendit alors une voix déclarer : « L’affaire dont il est question est désormais tranchée. »

(1) Pluriel de zaby (gazelle). (2) Il s’agit d’al-Amin, calife abbasside. (3) Ce vers est attribué à al-Walid b. Uqba ; on le trouve dans Al-Kamil, p. 916, Al-Hamasa al-Basriyya, p. 445, et Tarikh Dimashq, t. 39, p. 541. (4) Le vers est de ‘Ubayd b. Hunayn, bien qu’il soit parfois attribué à d’autres ; cf. Akhbar al-Qudat, t. 1, p. 263, et Al-Aghani, t. 4, p. 399. (5) Le vers est de al-Nabigha al-Ja‘di, Diwan, p. 143.
وقال داود بن عيسى بن محمد بن علي: خرج أبي وأبو جعفر غازيَيْن في بلاد الروم، ومعه غلامٌ له، ومع أبي جعفرٍ مولى له، فسنحَت له أربعةُ أَظْبٍ (١)، ثمَّ مضت تُخَاتِلنا حتى غابت عنَّا، ثمَّ رجعت، ومضى واحد، فقال لنا أبو جعفر: والله لا نرجعُ جميعًا، فمات مولى أبي جعفر. وأمرَ بعضُ الأمراء (٢) جاريةً له تغنِّي، فاندفعت تقول: همُ قتلوهُ كي يكونوا مكانَه ... كما غَدَرَت يومًا بكسرى مَرَازِبُهْ (٣) فقال: ويلك، غنِّي غير هذا، فغنَّت: هذا مقامُ مُطَرَّدٍ ... هُدِمَتْ منازلُه ودورُه (٤) فقال: ويلك، غنِّي غير هذا. فقالت: والله يا سيِّدي ما أعتمدُ إلا ما يسرُّك ويسبقُ إلى لساني ما ترى، ثم غنَّت: كليبٌ لعمري كان أكثرَ ناصرًا ... وأيسرَ جُرْمًا منكَ ضُرِّج بالدَّمِ (٥) فقال: ما أرى أمري إلا قريبًا. فسمع قائلًا يقول: قُضِيَ الأمر الذي فيه
(١) جمع ظبي. (٢) هو الأمين، الخليفة العباسي. (٣) البيت للوليد بن عقبة، في «الكامل» (٩١٦)، و «الحماسة البصرية» (٤٤٥)، و «تاريخ دمشق» (٣٩/ ٥٤١). (٤) البيت لعبيد بن حنين. وينسب لغيره. انظر: «أخبار القضاة» (١/ ٢٦٣)، و «الأغاني» (٤/ ٣٩٩). (٥) البيت للنابغة الجعدي، في ديوانه (١٤٣).

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