Et il te suffira, pour mesurer l’ampleur de ce fléau, de rappeler l’anecdote du poète al-Nâbigha 1 avec Zabban 2 b. Sayyâr al-Fazârî lorsqu’il se prépara pour l’expédition. Au moment de prendre la route, al-Nâbigha aperçut une sauterelle qui venait de se poser sur lui et s’écria : « Une sauterelle (jarâda) qui dépouille (tadjrudu), aux couleurs changeantes ! Qu’un autre 3 parte donc par ce chemin. » Zabban, pour sa part, poursuivit sa marche sans se laisser gagner par la superstition. Lorsqu’il revint de la campagne sain et victorieux, il improvisa ces vers :
« Ziyâd consulta son présage 4 pour qu’il l’informe,
mais nul n’y était connaisseur.
Il demeura comme si Luqmân, fils de ‘Âd,
l’avait, de sa sagesse, exhorté.
Sache qu’il n’est de mauvais augure
que pour celui qui s’y adonne : voilà la ruine.
Il est vrai qu’il arrive qu’une chose en rencontre une autre,
parfois, mais l’illusion est, la plupart du temps, immense 5. »
Allah, exalté soit-Il, n’a rapporté la superstition qu’au sujet des ennemis des messagers. Ils dirent ainsi à leurs envoyés : « Nous voyons en vous un mauvais présage ; si vous ne cessez pas, nous vous lapiderons et un châtiment douloureux, venant de nous, vous atteindra. » Les messagers répliquèrent : « Votre présage est auprès de vous-mêmes. Est-ce parce qu’on vous exhorte ? Vous êtes plutôt un peuple outrancier. » [Yâ-Sîn : 18-19].
De même, le Très-Haut rapporta au sujet du peuple de Pharaon : « Lorsque le bien-être les touchait, ils disaient : “Voilà qui nous est dû.” Mais si un malheur les atteignait, ils voyaient en Moïse et en ceux qui l’accompagnaient un funeste présage. En vérité, leur présage n’est qu’auprès de… » [al-A‘râf : 131].