Abû al-Qâsim al-Zajjâjî déclara : « Je n’ai jamais rencontré personne plus superstitieux que le poète Ibn al-Rûmî ; il avait, en la matière, franchi toutes les limites. Un jour, je le réprimandai là-dessus ; il me répondit : “Ô Abû al-Qâsim, le bon augure est la langue du temps, et la superstition la signature des revers (1).”
Telle est la réplique de celui dont le mal est devenu chronique, au point qu’aucun médecin ne sait plus y remédier ; semblable à l’homme qu’un waswâs (2) relatif à la pureté rituelle a envahi : il ne prête l’oreille ni au savoir ni aux conseils.
Tel est l’état de celui dont tous les liens avec le tawakkul (la confiance en Dieu) se sont rompus, dont l’habit s’est rétréci, voire a glissé complètement, le laissant nu.
Pour un tel homme, les épreuves accourent plus vite, les calamités s’attachent davantage, et les tribulations demeurent plus tenaces ; semblable au porteur d’un furoncle ou d’un ulcère, vers lequel chaque choc et chaque heurt sont inexorablement guidés, si bien que presque aucune autre partie de son corps n’est touchée !
Le superstitieux a le cœur harassé, la poitrine oppressée (3), l’esprit assombri, un caractère maussade ; il imagine des malheurs dans tout ce qu’il voit ou entend. Il est l’homme le plus craintif, celui dont l’existence est la plus morose, la poitrine la plus étroite, le cœur le plus endeuillé. Il multiplie les précautions et les observations pour des choses qui ne lui nuisent ni ne lui profitent ; combien de fois, ce faisant, s’est-il privé d’un privilège, éloigné d’une subsistance ou fermé l’accès à un avantage !"}