Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Abû al-Qâsim al-Zajjâjî déclara : « Je n’ai jamais rencontré personne plus superstitieux que le poète Ibn al-Rûmî ; il avait, en la matière, franchi toutes les limites. Un jour, je le réprimandai là-dessus ; il me répondit : “Ô Abû al-Qâsim, le bon augure est la langue du temps, et la superstition la signature des revers (1).”

Telle est la réplique de celui dont le mal est devenu chronique, au point qu’aucun médecin ne sait plus y remédier ; semblable à l’homme qu’un waswâs (2) relatif à la pureté rituelle a envahi : il ne prête l’oreille ni au savoir ni aux conseils.

Tel est l’état de celui dont tous les liens avec le tawakkul (la confiance en Dieu) se sont rompus, dont l’habit s’est rétréci, voire a glissé complètement, le laissant nu.

Pour un tel homme, les épreuves accourent plus vite, les calamités s’attachent davantage, et les tribulations demeurent plus tenaces ; semblable au porteur d’un furoncle ou d’un ulcère, vers lequel chaque choc et chaque heurt sont inexorablement guidés, si bien que presque aucune autre partie de son corps n’est touchée !

Le superstitieux a le cœur harassé, la poitrine oppressée (3), l’esprit assombri, un caractère maussade ; il imagine des malheurs dans tout ce qu’il voit ou entend. Il est l’homme le plus craintif, celui dont l’existence est la plus morose, la poitrine la plus étroite, le cœur le plus endeuillé. Il multiplie les précautions et les observations pour des choses qui ne lui nuisent ni ne lui profitent ; combien de fois, ce faisant, s’est-il privé d’un privilège, éloigné d’une subsistance ou fermé l’accès à un avantage !"}

(1) Passage cité par Abû al-Qâsim al-Zajjâjî dans son Tafsîr de la Risâla Adab al-Kitâb, p. 70-71, d’après son maître Abû Isḥâq al-Zajjâj. Voir aussi : al-Ṣâbî, Rasûm Dâr al-Khilâfa, p. 64 ; Ibn Rashîq, al-ʿUmda, p. 97 ; Zahr al-Âdâb, t. 1, p. 481-491. Le terme al-ḥadathân désigne les calamités et malheurs du temps. (2) Le manuscrit Q lit : « al-wasâwis » (les obsessions). (3) Lecture habituelle : maghmûm (accablé). Le manuscrit Q porte : « makîd al-ṣadr » (litt. cœur tourmenté).
وقال أبو القاسم الزجَّاجي: لم أر أشدَّ تطيُّرًا من ابن الرُّومي الشاعر، وكان قد تجاوز الحدَّ في ذلك، فعاتبتُه يومًا على ذلك، فقال: يا أبا القاسم: الفألُ لسانُ الزمان، والطِّيَرة عنوانُ الحَدَثان (١). وهذا جوابُ من استحكمت علَّتُه، فعجز عنه طبيبُه، بمنزلة من قد غلبه الوسواسُ (٢) في الطهارة، فلا يلتفتُ إلى علمٍ ولا إلى ناصح. وهذه حالُ من تقطَّعت به أسبابُ التوكُّل، وتقلَّصَ عنه لباسُه، بل تعرَّى منه. ومن كان هكذا فالبلايا إليه أسرع، والمصائبُ به أعلَق، والمحنُ له ألزَم، بمنزلة صاحب الدُّمَّل والقُرحة الذي يتهدَّى إلى قُرحته كلُّ مؤذٍ وكلُّ مُصادِم، فلا يكادُ يُصْدَمُ من جسده أو يصابُ غيرُها! والمتطيِّرُ مُتْعَبُ القلب، مُكْمَدُ الصَّدر (٣)، كاسفُ البال، سيِّاءُ الخُلق، يتخيَّلُ من كلِّ ما يراه أو يسمعه، أشدُّ الناس خوفًا، وأنكدُهم عيشًا، وأضيقُهم صدرًا، وأحزنهم قلبًا، كثيرُ الاحتراز والمراعاة لما لا يضرُّه ولا ينفعُه، وكم قد حَرَمَ نفسَه بذلك من حظٍّ، ومنعها من رزقٍ، وقطعَ عليها من فائدة!
(١) نقله أبو القاسم الزجاجي في «تفسير رسالة أدب الكتاب» (٧٠، ٧١) عن شيخه أبي إسحاق الزجاج. وانظر: «رسوم دار الخلافة» للصابي (٦٤)، و «العمدة» لابن رشيق (٩٧)، و «زهر الآداب» (١/ ٤٨١ - ٤٩١). والحَدَثان: نوائبُ الدهر ومصائبه. (٢) (ق): «الوساوس». (٣) مغموم. وفي (ق): «مكيد الصدر».

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