Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Sache que celui qui se préoccupe de ces superstitions et y souscrit les voit fondre sur lui plus vite qu’un torrent ne dévale sa pente. Les portes des obsessions s’ouvrent alors devant tout ce qu’il entend, voit ou reçoit, et le diable lui suggère, à partir de rapprochements plus ou moins éloignés, dans les mots comme dans les idées, de quoi ruiner sa religion et assombrir son existence.

Ainsi, s’il entend le mot safarjal (coing) ou qu’on lui en offre un, il s’en effraie et dit : « safar (voyage) et jalâ’ (exil) ». S’il aperçoit du yasmin (jasmin) ou en entend le nom, il s’en inquiète et dit : « ya’s (désespoir) et mayn (1) (tromperie) ». S’il voit une sawsanah (lis) ou en entend parler, il dit : « sû’ (malheur) qui dure une sana (2) (année) ». Et s’il sort de chez lui et croise un borgne, un estropié, un aveugle ou toute personne affligée d’un handicap, il y voit aussitôt le signe d’un jour funeste.

On raconte qu’un gouverneur sortit un jour pour régler une affaire ; un homme borgne se présenta à lui, il y lut un mauvais présage et ordonna de l’écrouer. À son retour, n’ayant rencontré aucun mal, il ordonna qu’on le relâche. L’homme lui dit : « Je t’en conjure par Allah, quel crime ai-je donc commis pour que tu me mettes en prison ? » Le gouverneur répondit : « Tu n’as commis aucun crime, mais je t’ai pris pour un mauvais présage en te voyant. » L’homme reprit : « Et qu’as-tu subi dans ta journée après m’avoir vu ? » – « Je n’ai rencontré que du bien », admit le gouverneur. – « Ô émir, moi, je suis sorti de chez moi, je t’ai vu et j’ai passé la journée dans le malheur et la prison ; toi, tu m’as vu et ta journée n’a été que bonheur et joie. Qui de nous deux est donc le plus néfaste ? Et sur qui (3) cette superstition s’est-elle réellement abattue ? » Le gouverneur en éprouva de la honte et le combla de présents (4).

(1) al-mayn : « mensonge ». (2) Voir : al-Mushâ, p. 262-264 ; Taʾbîr ar-ruʾyâ d’Ibn Qutayba, p. 35. (3) Les manuscrits T et S portent : « mimman ». (4) Voir : al-Tadhkira al-hamdûniyya, 7/38 ; Nathr ad-durr, 7/257 ; Jamʿ al-jawâhir, p. 221 ; Muḥâḍarât al-udabâʾ, 1/303.
واعلم أنَّ من كان معتنيًا بها قائلًا بها كانت إليه أسرعَ من السَّيل إلى منحدَره، وتفتَّحت له أبوابُ الوساوس فيما يسمعُه ويراه ويُعطاه، ويفتحُ له الشيطانُ فيها من المناسبات البعيدة والقريبة في اللفظ والمعنى ما يُفسِدُ عليه دينَه وينكِّدُ عليه عيشَه. فإذا سمع: «سفرجلًا» أو أهديَ إليه تطيَّر به، وقال: سفرٌ وجلاء، وإذا رأى «ياسمينًا» أو سمع اسمَه تطيَّر به، وقال: يأسٌ ومَيْن (١)، وإذا رأى «سَوْسَنةً» أو سمعها قال: سوءٌ يبقى سنَةً (٢)، وإذا خرج من داره فاستقبلَه أعورُ أو أشلُّ أو أعمى أو صاحبُ آفةٍ تطيَّر به وتشاءم بيومه. ويحكى عن بعض الولاة أنه خرج في بعض الأيام لبعض مهمَّاته، فاستقبله رجلٌ أعور، فتطيَّر به، وأمرَ به إلى الحبس، فلمَّا رجع من مهمَّته ولم يَلْقَ شرًّا أمرَ بإطلاقه، فقال له: سألتُك بالله ما كان جُرْمي الذي حبستني لأجله؟ فقال له الوالي: لم يكن لك عندنا جُرم، ولكن تطيَّرتُ بك لما رأيتُك، فقال: فما أصبتَ في يومك برؤيتي؟ فقال: لم ألقَ إلا خيرًا، فقال: أيها الأمير، أنا خرجتُ من منزلي فرأيتُك فلقيتُ في يومي الشرَّ والحبس، وأنت رأيتني فلقيتَ في يومك الخيرَ والسُّرور، فمن الأشأمُ منَّا؟! والطِّيَرة بمن (٣) كانت؟! فاستحيا منه الوالي ووصَله (٤).
(١) المَيْن: الكذب. (٢) انظر: «الموشى» (٢٦٢ - ٢٦٤)، و «تعبير الرؤيا» لابن قتيبة (٣٥). (٣) (ت، ص): «ممن». (٤) انظر: «التذكرة الحمدونية» (٧/ ٣٨)، و «نثر الدر» (٧/ ٢٥٧)، و «جمع الجواهر» (٢٢١)، و «محاضرات الأدباء» (١/ ٣٠٣).

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