Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

s’est échappée de tes mains, oui, sans que tu l’aies voulu ; et, la plupart du temps, ce qui te file entre les doigts est plus nombreux que ce qui y entre. Par Allah, ai-je dit vrai ou non ? — « Par Allah, c’est exact, la chose est comme tu l’as dite », répond-il. Alors l’autre poursuit : « Mais loue Allah : il ne te reste plus, pour tourner définitivement la page, que quatre mois et dix jours ; tu sortiras alors de ta mauvaise passe et tu entreras sous l’astre de ta félicité (1). Tu seras sauvé, et Allah te remplacera cela par des biens et des bénédictions. Il faut, dès maintenant, qu’une subsistance te parvienne de la part d’Allah ; elle réjouira ta famille et toute ta maisonnée (2), ta situation s’assainira et ta bonne étoile reprendra son cours.

Troisièmement (3), mon frère, d’après ton signe (4) — la Balance, demeure des frères — ta chance auprès d’eux est entamée, et ta part auprès d’eux est amoindrie (5) : la plupart de ceux à qui tu as prodigué du bien t’en ont récompensé par le mal, et la plupart de ceux dont tu as parlé en bien colportent à ton sujet des propos malveillants. Par Allah, n’est-ce pas là la vérité ?

C’est, mon frère, que tu es d’un tempérament léger (6) : quiconque te voit est attiré vers toi et se sent à l’aise en ta compagnie. Te voilà donc objet de jalousie : on t’envie pour tes biens, ta santé, ta famille et tes enfants, et

(1) Le ms. T lit : « fi saʿdik » (« dans ta bonne fortune »). (2) C’est-à-dire : tes proches à charge. (3) Seul le signe du Lion a été mentionné auparavant, et seulement deux fois ; c’est sans doute l’une des ruses du charlatan. (4) Les manuscrits donnent bien : buroûjik (« tes constellations »), comme dans les passages analogues. (5) Les mss. T et Q portent : « manhûs » (« de mauvais augure »). (6) Employer ici « lourd d’âme » est une périphrase rare chez les auteurs anciens, qui décrivaient plutôt quelqu’un de « léger d’esprit ». La tournure s’est répandue à l’époque moderne chez les Égyptiens, tandis que les Bagdadis disent khafîf ar-rûḥ (« léger d’esprit »). Cf. le commentaire de Shâkir sur le Tafsîr de Ṭabarî, 6/391, et les Kunyayât ʿĀmmiyya Baġdâdiyya de al-Shâljî, 1/697. Elle provient sans doute du fait que rûḥ (l’esprit) et nafs (l’âme) peuvent désigner le sang ; on dit ainsi : « salat nafsuhu », c.-à-d. « son sang a coulé ».
خرجت عن يدك، نعم؛ بغير مرادك، وأنت في غالب أحوالك الخارجُ عن يدك أكثرُ من الداخل فيها، بالله صدقتُ أم لا؟ فيقول: والله صحيح، والأمر كما قلتَ، فيقول: ولكن احمد الله، كلُّ ما بقيَ عليك من القَطْع أربعةُ أشهرٍ وعشرةُ أيام وتخرجُ من نحسك، وتدخلُ في برج سعادتك (١)، وتنجو ويُخْلِفُ الله عليك بالخيرات والبركات، ولا بدَّ لك الساعةَ من رزقٍ يأتيك الله به، وتُفْرِحُ به أهلَك وعَيْلتَك (٢)، وتصلحُ حالك ويستقيمُ سَعْدُك. الثالثُ (٣) يا أخي من برجك (٤): برجُ الميزان، وهو بيتُ الإخوان، سَعْدُك يا أخي منهم منقوص، وحظُّك منهم مبخوس (٥)، غالبُ من أوليتَه منهم خيرًا جازاك بالشرِّ، وغالبُ من قلتَ فيه الخيرَ منهم يقولُ فيك الشرَّ، بالله أما الأمرُ هكذا؟ وذلك يا أخي أنك خفيفُ الدَّم (٦)، كلُّ من رآك مال إليك وأَنِسَ بك، وأنت محسود؛ تُحْسَد في مالك وفي عافيتك، وفي أهلك وأولادك، وفي
(١) (ت): «في سعدك». (٢) أي: عيالك. (٣) لم يتقدم إلا ذكر برج الأسد، في موضعين. لعل هذا من جملة الاحتيال! (٤) كذا في الأصول. وهي: بروجك. كنظائرها. (٥) (ت، ق): «منحوس». (٦) هذه كنايةٌ نادرة الوقوع في كلام السابقين، وإنما كانوا يصفون الروح بالخفَّة. وشاعت في هذا العصر عن المصريين، والبغاددة يقولون: خفيف الروح. انظر تعليق شاكر على «تفسير الطبري» (٦/ ٣٩١)، و «الكنايات العامية البغدادية» للشالجي (١/ ٦٩٧). ولعلها جاءت من قِبَل أن الروح والنفس تطلقان على الدم، فيقال: سالت نفسُه، أي: دمه.

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