Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

— Bien ! Quel est ton nom ? Et celui de ta mère, de ton père ? Lorsqu’il les a obtenus, l’homme tire aussitôt de sa besace un astrolabe ou un globe céleste de cuivre, puis reprend : « Comment as-tu dit que tu t’appelais ? » Le client le répète, il enchaîne : « Et le nom de la mère — qu’Allah lui prolonge la vie —, redis-le-moi. » Si l’autre répond : « Elle a rejoint la miséricorde d’Allah, le Très-Haut », il s’écrie : « On ne meurt pas vraiment quand on laisse un fils tel que toi ! »

Il se met alors à calculer : « Untelle, neuf ; j’y ajoute neuf ; j’en retranche cinq ; il en reste quatre. »

« Assieds-toi et écoute, mon frère : je vois sur toi des plaidoiries consignées et des actes en règle (1). Tu ne pourras éviter de te présenter devant un détenteur de l’autorité, juge ou gouverneur. Je vois aussi du sang versé à cause de toi, un sang qui n’est pas le tien, et des gens groupés tout autour de toi.

« Si, d’aventure, ton allure est celle d’un homme déjà entaché de soupçons, j’aperçois du bois qu’on dresse, des clous qu’on enfonce, des crimes qu’on fait payer.

« Oui, mon frère : ton signe est le Lion, signe ardent et masculin ; de lui tu tiens la charge impétueuse d’un champion fonceur (2). Ton astre est Vénus. Aux yeux des gens, tu as peu de chance ; tes bienfaits passent inaperçus, tu es la cible des nuisances ; rares sont les compagnons dont la fréquentation t’a valu quelque bien (3).

« Oui, mon frère : le plus faste de tes jours est le vendredi, et ton meilleur gain sera le fruit du labeur de tes propres mains. Sache qu’il te faudra voyager, t’expatrier, braver les périls, franchir des dangers et t’engager dans de grandes affaires que je t’exposerai, si Allah le veut. Allons, ne sois pas avare envers toi-même : mets la main dans ta poche, délie …»

(1) Les manuscrits T et Ṣ portent : « maktuba wathâʾiq » (documents rédigés). (2) C’est-à-dire une « mêlée à coups de cornes » ; le verbe nataḥa signifie « frapper de sa corne ». (3) Terme signifiant la chance, d’origine persane arabisée ; voir : Qasd as-Sabil, t. 1, p. 255.
نعم؛ ما اسمك؟ واسمُ أمِّك وأبيك؟ فإذا قال له اسمَه واسمَ أبويه أخرج له الإصطرلابَ أو الكرةَ النحاس، وقال: كيف قلتَ اسمَك؟ فإذا أخبره ثانيةً قال: وكيف قلتَ اسمَ الوالدة طوَّل الله عمرها؟ فإذا قال: دَرَجَتْ إلى رحمة الله تعالى، قال: ما مات من خلَّف مثلك. ثمَّ يحسبُ، ويقول: فلانةٌ تسعة، وتزيدُ عليها تسعة، تُسْقِطُ منها خمسة، تبقى منها أربعة. اقعُد واسمع يا أخي، إني أرى عليك حُجَجًا مكتوبةً ووثائق (١)، ولا بدَّ لك من الوقوف بين يدي وليِّ أمر، إمَّا حاكمٍ وإمَّا والٍ، وأرى دمًا خارجًا عنك، ما أنتَ من أهله، وأرى ناسًا قد اجتمعوا حولك. وإن كان شكلُ ذلك الرجل شكلَ من هو من أرباب التُّهم قال: وأرى خشبًا يُنْصَب، ومساميرَ تُضْرَب، وجناياتٍ تُؤْخَذ. نعم يا أخي؛ برجُك بالأسد، وهو ناريٌّ مذكَّر، أخذتَ منه نِطاحَ (٢) مقدامٍ بطل، نجمُك الزُّهَرة، أنت قليلُ البَخْت (٣) عند الناس، مكفورُ الإحسان، مقصودٌ بالأذى، قلَّ أن صاحبتَ أحدًا فأثمرَت لك صحبتُه خيرًا. نعم يا أخي؛ أسعدُ أيامك يومُ الجمعة، وخيرُ كسبك كدُّ يدك، اعلم أنه لا بدَّ لك من أسفار وغُربةٍ وركوبِ أهوالٍ واقتحام أخطارٍ وأمورٍ عِظامٍ أبيِّنها لك إن شاء الله، هات، لا تبخَل على نفسك، حُطَّ يدك في جيبك، حُلَّ
(١) (ت، ص): «مكتوبة وثائق». (٢) أي: مناطحة. نطحه: ضربه بقرنه. (٣) الحظ. فارسيةٌ معرَّبة. انظر: «قصد السبيل» (١/ ٢٥٥).

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