Al-Rabîʿ rapporte : « Les choses se passèrent exactement comme il l’avait prédit. (1)
Il ajouta : « Je n’ai jamais vu plus perspicace qu’al-Shâfiʿî. Il nomma plusieurs de ses compagnons et décrivit chacun d’eux d’un trait qui ne manqua jamais sa cible. Il cita ainsi al-Muzanî, al-Buwaitî, untel et untel, puis déclara : “Tel accomplira immanquablement telle chose, tel autre telle chose ; tel se rapprochera du sultan et se verra confier la charge de qâḍî (juge).”
Un jour, alors qu’ils étaient tous réunis, il leur dit : “Il n’est parmi vous personne qui me soit plus utile que celui-ci” — et il me désigna — “car il est le plus équilibré d’entre vous dans sa position.” (2) Il énuméra encore d’autres qualités. Après le décès d’al-Shâfiʿî, chacun d’eux en vint exactement à ce qu’il avait annoncé à son sujet ; il ne s’était trompé sur rien.
Harmala rapporte : « Lorsque la mort emporta al-Shâfiʿî, nous sortîmes de chez lui. Je dis alors à mon père : “Ô mon père, toutes les intuitions d’al-Shâfiʿî se sont réalisées sous nos yeux, sauf sa parole : ‘Un blond me tuera’, et le voilà aux portes de la mort !” Nous rencontrâmes alors ʿAbd Allâh ibn ʿAbd al-Ḥakam et Yûsuf ibn ʿAmr. — “Où allez-vous ?” leur demandâmes-nous. — “Chez al-Shâfiʿî”, répondirent-ils. Nous n’avions pas encore atteint la maison que déjà s’élevaient les cris de lamentation. — “Qu’y a-t-il donc ?” — “Al-Shâfiʿî est mort.” Mon père demanda : “Qui lui a fermé les yeux ?” — “Yûsuf ibn ʿAmr”, répondirent-ils, (3) or celui-ci avait les yeux bleus !»
Ces récits, parmi d’autres, ont été rapportés par Ibn Abî Hâtim et al-Hâkim dans leurs ouvrages consacrés aux « Mérites d’al-Shâfiʿî ». Ils conviennent à la noblesse de son rang et à sa dignité, à l’exclusion de ce dont — qu’Allah l’en ait préservé —