au garçon : « Selle la monture. » Il s’exécuta ; je montai, passai devant mon hôte et lui dis : « Lorsque tu arriveras à La Mecque et que tu traverseras Dhû Tuwa, demande la demeure de Muḥammad b. Idrîs al-Shâfiʿî. » L’homme me rétorqua : « Suis-je l’affranchi de ton père ? » — « Non. » — « M’as-tu jamais accordé le moindre bienfait ? » — « Non. » — « Alors où est passé tout ce que j’ai dépensé pour toi cette nuit ? » — « Qu’as-tu donc dépensé ? » répondis-je. — « Je t’ai acheté un repas pour deux dirhams, un accompagnement pour telle somme, du parfum pour trois dirhams, du fourrage pour tes montures pour deux dirhams, et la location du matelas et de la couverture m’a coûté deux dirhams. » Je dis alors : « Garçon, reste-t-il autre chose ? » Il répondit : « Le loyer de la maison, car je t’ai fait de la place et me suis moi-même serré. » Je me félicitai alors d’avoir emporté ces livres. Puis je lui demandai encore : « Reste-t-il quelque chose ? » Il s’écria : « Va-t-en, qu’Allah te couvre d’opprobre ! Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus ingrat que toi ! » (1)
Al-Rabîʿ rapporte : « J’achetai pour al-Shâfiʿî du parfum au prix d’un dinar. Il me demanda : “Chez qui l’as-tu pris ?” — “Chez ce blond aux yeux bleus”, répondis-je. Il s’exclama : “Un blond, aux yeux bleus ! Va le lui rendre.” » (2)
Il dit encore : « Un jour, mon frère traversait la cour de la grande mosquée. Al-Shâfiʿî m’appela et dit : “Ô Rabîʿ, regarde cet homme qui marche ; est-ce ton frère ?” — “Oui, qu’Allah te préserve”, répondis-je. — “Va donc”, ordonna-t-il. Il ne l’avait jamais vu auparavant. » (3)
Qutayba b. Saʿîd rapporte : « Je vis Muḥammad b. al-Ḥasan et al-Shâfiʿî assis dans l’esplanade de la Kaʿba. Un homme passa. L’un dit à l’autre : “Viens, pratiquons notre tazkîn (4) à propos de ce passant, quelle…” »