Ahmed b. Muḥammad, le petit-fils maternel d’al-Shâfiʿî, m’a rapporté : « J’ai entendu mon père dire : al-Shâfiʿî, alors qu’il était encore adolescent, s’adonnait à l’astrologie ; et, dans tout domaine qu’il étudiait, il surpassait les autres. Un jour, tandis qu’il était assis et qu’une femme accouchait, il fit ses calculs et déclara : “Elle mettra au monde une fillette borgne, portant sur sa partie intime un grain de beauté noir, et elle mourra à telle ou telle date.” La femme donna effectivement naissance, et les choses se passèrent exactement comme il l’avait annoncé ; al-Shâfiʿî se lia alors par serment à ne plus jamais s’occuper de cette science. » (1)
Le statut de cette anecdote est le même que celui de la précédente : le petit-fils d’al-Shâfiʿî ne l’a jamais rencontré ni vu, et la discussion porte donc sur l’homme qui la lui a transmise. (2)
Quant à moi, si l’on veut bien présumer favorablement du transmetteur, il faut conclure qu’il s’est trompé au sujet d’al-Shâfiʿî. Al-Shâfiʿî figurait parmi les esprits les plus perspicaces ; il avait lu les ouvrages de firâsa (physiognomonie) et y excellait. C’est donc à la lumière de cette science, dans cette affaire et dans d’autres analogues, qu’il porta jugement, et son verdict s’avéra juste. Le narrateur pensa dès lors que l’avis reposait sur les considérations et les jugements des astres. Or Allah a préservé de semblables élucubrations des hommes bien inférieurs à al-Shâfiʿî ; comment l’intelligence, la science et la clairvoyance d’un tel savant auraient-elles pu se laisser séduire par un tel délire