car al-Shâfiʿî ne connaissait absolument pas la langue de ces Grecs, si bien qu’on ne saurait l’entendre affirmer : « Je comprends ce qu’ils ont dit dans leurs propres idiomes. »
De plus, le récit prétend que Muḥammad b. al-Ḥasan se serait plaint d’al-Shâfiʿî auprès du calife ar-Rachîd et aurait voulu le faire exécuter, alors qu’il est notoire que Muḥammad honorait al-Shâfiʿî, l’aimait, et qu’al-Shâfiʿî, de son côté, le respectait et faisait son éloge. Ce fait même réduit ce mensonge à néant.
Par ailleurs, al-Shâfiʿî — qu’Allah lui fasse miséricorde — ne possédait aucune science de la médecine grecque ; il ne tenait que quelques rudiments de la médecine arabe, dont on a conservé çà et là quelques propos. Ainsi interdisait-il de manger de l’aubergine la nuit ou des œufs durs (1) au repas du soir, et il disait : « Étonnant est celui qui soupe d’œufs puis s’endort ; comment peut-il donc vivre ?! » (2).
Il disait encore : « Étonnant est celui qui sort du hammam sans rien manger ; comment peut-il vivre ?! » Et : « Étonnant est celui qui se fait saigner puis mange aussitôt ; comment peut-il vivre ?! » — c’est-à-dire immédiatement après la saignée (3).
Il disait enfin : « Prends garde à avaler le remède de ces médecins lorsque tu n’en connais pas la nature. » (4)