Et la science dite ʿilm taqdīmat al-maʿrifa (connaissance anticipée) ne se limite pas aux données avancées par les astrologues ; elle repose en réalité sur de multiples facteurs, tantôt justes tantôt erronés, de sorte que l’avis qui s’y fonde peut être véridique comme il peut se révéler faux. Parmi ces facteurs figurent : la kihâna (divination), les manâmât (songes), le fa’l et le zajr (présages favorables ou défavorables), le sâniḥ et le bâriḥ (1), le katif (2) ou scapulimancie, le jet de cailloux, le tracé de lignes sur le sol, les kushûf issus de l’ascèse, la firâsa (physiognomonie intuitive), la ḥizâya (3), la science des lettres et de leurs propriétés, ainsi que bien d’autres procédés grâce auxquels on ne saisit qu’une infime parcelle du savoir des devins.
(1) Son explication sera donnée plus loin par l’auteur (p. 1469).
(2) Les manuscrits T et S portent «al-kayf», lecture passée sous silence dans Q et D, tandis que l’exemplaire Ṭ propose «al-kaf», lecture plausible. Nous retenons la leçon confirmée par Ruh al-ma‘ani, 13/113, plus proche de l’orthographe primitive. Il s’agit d’une discipline qui examine les lignes et figures apparaissant sur les épaules des moutons et des chèvres lorsqu’elles sont exposées au soleil, afin d’en déduire l’évolution du monde : guerres, années de fertilité ou de disette. Voir : Abjad al-‘ulum, 2/91.
(3) Le terme fait défaut dans Q, D et S, à l’exception d’un yā’ diacrité ; le manuscrit T lit «al-haranah». Le verbe ḥazā yaḥzū/yaḥzī (ḥazwan, ḥizyan) et taḥazzā signifie «diviner, conjecturer, tirer des présages du vol des oiseaux» (Lisan, s.v. ḥazā). Morphologie et sens le rapprochent donc de l‘iyāfa et de la kihāna (mantique), bien qu’il soit absent des dictionnaires. On pourrait aussi y voir «al-ḥizārah», dérivé de ḥazr («estimation, conjecture»), qui peut prendre le sens de qiyāfa (physiognomonie). Cf. Al-Mufassal fî Tārîkh al-‘Arab qabl al-Islām, 12/350. La première hypothèse reste néanmoins la plus probable, car elle correspond mieux à la graphie des manuscrits.