« Je souhaite partir en voyage, or nous sommes dans la phase d’obscurcissement du mois. » ʿAlî lui rétorqua : « Veux-tu donc qu’Allah fasse périr ton commerce ?! Attends l’apparition du croissant du mois pour prendre la route. » (1)
Cette narration n’est pas reconnue comme authentique de la part de ʿAlî, et les menteurs écoulent souvent leurs marchandises fallacieuses en les attribuant à ʿAlî et aux membres de sa Famille : ainsi agissent les partisans du qurʿa, du jafr, de la biṭāqa, du haft, de l’alchimie, des malāhim et consorts (2). Seul Allah, exalté soit-Il, sait tout ce qui a été forgé contre la Famille.
Quand bien même cette parole serait valide et réellement rapportée d’ʿAlî — qu’Allah honore sa face — elle ne fournirait en rien la preuve de la véracité des jugements astrologiques.
Il ne fait aucun doute que commencer les voyages et les actes au début du jour, du mois ou de l’année possède un mérite particulier ; le Prophète ﷺ a dit : « Ô Allah, bénis ma communauté dans l’aurore de ses journées. » (3) Et Sakhr
(1) Voir supra, p. 1432.
(2) Cf. Ibn Taymiyya, Majmuʿ al-Fatâwâ, 2/217 ; 4/78-79 ; 11/55, 582 ; 35/183 ; id., Minhâj as-Sunna, 2/464 ; 4/54 ; 7/534 ; 8/10-11, 136 ; Ibn Khaldûn, Bughyat al-Murtâd, p. 321, 328 ; Siddîq Hasan Khân, Abjad al-ʿUlûm, 2/214-215, 433.
(3) Ḥadith rapporté par at-Tirmidhî (1212), Abû Dâwûd (2606), Ibn Mâja (2236) et d’autres, selon la chaîne Yaʿlâ b. ʿAtâʾ – ʿImâra b. Ḥadîd – Sakhr al-Ghamidî. At-Tirmidhî le juge « ḥasan » ; ʿAbd al-Ḥaqq le valide dans al-Aḥkâm al-wusṭâ (3/28) ; Ibn Ḥibbân l’authentifie (4754) et al-ʿUqaylî le considère fiable. En revanche, Abû Ḥâtim (al-ʿIlal 2/268), Ibn al-Jawzî (al-ʿIlal al-mutanâhiya 1/326), Ibn ʿAbd al-Barr (al-Istîʿâb 716), adh-Dhahabî (al-Mîzân 3/175) et Ibn al-Qaṭṭân (Bayân al-wahm wa-l-îhâm 3/486) l’estiment défectueux : Sakhr n’est connu que par ce seul ḥadith, son statut de Compagnon n’est affirmé qu’ici, et il n’a été transmis que par ʿImâra, lui-même non identifié. Les autres voies de transmission ne se révèlent pas plus solides. Abû Ḥâtim conclut : « Je ne connais aucun ḥadith authentique à ce sujet. » Ibn ʿAdî a longuement examiné ces chaînes dans al-Kâmil (réf. multiples), suivi d’Ibn al-Jawzî, tandis qu’al-Munzirî a consacré un fascicule plaidant en faveur de l’authenticité de certaines versions.