Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

que l’esprit sain peut parfaitement admettre, car la raison droite (1) et la nature originairement saine reconnaissent que l’éclipse du soleil et de la lune leur impose (2) une attitude de recueillement et d’humilité : privés de leur lumière, celle-ci ayant cessé de rayonner sur ce monde, c’est en quelque sorte [la disparition] (3) de leur pouvoir et de leur éclat. Il en résulte inévitablement pour eux une soumission et une crainte révérencielle devant le Seigneur des mondes, Sa grandeur et Sa majesté, attitude qui devient, à son tour, la cause de la manifestation divine en leur faveur.

Il n’est donc nullement inconcevable (4) que ce dévoilement d’Allah – exalté soit-Il – à ces deux astres se produise à un moment déterminé, de la même manière qu’Il Se rapproche des fidèles rassemblés à ʿArafat la veille du Sacrifice, ou qu’Il descend chaque nuit vers le ciel de ce monde lorsque la moitié de la nuit est écoulée ; ce dévoilement leur inspire alors un autre recueillement, distinct de celui provoqué par l’éclipse elle-même.

Le Prophète ﷺ n’a pas dit : « Lorsque Allah Se manifeste à eux, ils s’éclipsent. » La formulation est plutôt : « Quand Allah Se manifeste à l’une de Ses créatures, celle-ci s’incline devant Lui. » Selon la version de l’imâm Aḥmad : « Lorsque Allah apparaît à quelque chose de Sa création, celui-ci s’incline devant Lui » (5).

(1) Le manuscrit (ṭ) ainsi que l’édition Zahr ar-rubā portent : « al-ʿaql as-salīm » (l’intellect sain). (2) Les manuscrits de base lisent : « wujiba lahumā » (il leur fut imposé) ; la leçon retenue provient de Zahr ar-rubā. (3) Ce segment n’existe pas dans les manuscrits de base ; je l’ai rétabli d’après Zahr ar-rubā. Al-Ālūsī, dans Rūḥ al-maʿānī (13/112), le qualifie de « ḍuʿf » (faible). (4) Le manuscrit (t) lit : « yastakthir » (abonde), tandis que Zahr ar-rubā donne : « yastalzim » (implique). (5) C’est la leçon conservée par les manuscrits. Zahr ar-rubā ajoute toutefois : « Chez Aḥmad et an-Nasāʾī, la formulation est : “Allah, lorsqu’Il badā (se révèle) à l’une de Ses créatures, celle-ci s’humilie.” Chez Ibn Māja : “Lorsque Allah tajallā (se manifeste) à l’une de Ses créatures, celle-ci s’humilie.” » Dans les éditions imprimées du Musnad et des Sunan d’Ibn Māja on lit « tajallā » ; dans l’édition des Sunan d’an-Nasāʾī, le ḥadith de Nuʿmān comporte « badā », tandis que celui de Qabīṣa retient « tajallā ».}
المستقيم (١) والفطرةُ السليمة، وهو أنَّ كسوفَ الشمس والقمر يوجِبُ لهما (٢) من الخشوع والخضوع بانمحاء نُورهما وانقطاعه عن هذا العالَم ما يكونُ فيه [ذهابُ] (٣) سلطانهما وبهائهما، وذلك يوجبُ لا محالةَ لهما من الخشوع والخضوع لربِّ العالمين وعظمته وجلاله ما يكونُ سببًا لتجلِّي الربِّ ﵎ لهما. ولا يُستنكَر (٤) أن يكون تجلِّي الله سبحانه لهما في وقتٍ معيَّن، كما يدنو من أهل الموقف عشيَّة عرفة، وكما ينزلُ كلَّ ليلةٍ إلى سماء الدنيا عند مضيِّ نصف الليل، فيُحدِثُ لهما ذلك التجلِّي خشوعًا آخرَ ليس هو الكسوف. ولم يقل النبيُّ ﷺ: إنَّ الله إذا تجلَّى لهما انكسفا. ولكنَّ اللفظة: «فإذا تجلَّى اللهُ لشيءٍ من خلقه خَشَعَ له»، ولفظُ الإمام أحمد في الحديث: «إذا بدا اللهُ لشيءٍ من خلقه خَشَعَ له» (٥).
(١) (ط) و «زهر الربى»: «العقل السليم». (٢) في الأصول: «وجب لهما». والمثبت من «زهر الربى». (٣) ليست في الأصول، واستدركتها من «زهر الربى». وجعلها الآلوسي في «روح المعاني» (١٣/ ١١٢): «ضعف». (٤) (ت): «يستكثر». وفي «زهر الربى»: «يستلزم». (٥) كذا في الأصول. وفي «زهر الربى»: «ولكن اللفظة عند أحمد والنسائي: إن الله تعالى إذا بدا لشيءٍ من خلقه خشع له. ولفظ ابن ماجه: فإذا تجلى الله تعالى لشيءٍ من خلقه خشع له». والذي في مطبوعتي «المسند» و «سنن ابن ماجه»: «تجلى». وفي مطبوعة «سنن النسائي» في حديث النعمان: «بدا»، وفي حديث قبيصة: «تجلى».

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