En somme, lorsqu’ils furent conduits par leurs spéculations(1) à découvrir ce qui demeure caché à beaucoup – les secrets des créatures, leur nature et leurs causes –, leur raison s’enfla, dépassa le cadre de ce qu’ont apporté les messagers et ils crurent qu’ils atteignaient la vérité partout avec la même exactitude.
Leur émule, qui les suit jusque dans leur impiété, si une difficulté vient à l’assaillir dans leur doctrine, ou si l’assaille une contradiction qu’il est incapable de résoudre à cause de l’incohérence et de la corruption de leurs fondements, continue néanmoins à leur accorder du crédit et se dit : « Il ne fait aucun doute que leurs sciences recèlent la solution(2) et la réponse ; il m’est seulement difficile de la saisir parce que je n’ai pas acquis les mathématiques, ni maîtrisé la logique, ni ces diverses disciplines qu’ont polies les esprits des Anciens et qu’ont perfectionnées la pensée des prédécesseurs ! »
Ainsi, l’homme éminent, le véritablement éminent à leurs yeux, est celui qui comprend leur langage ; quant à les contester et à démolir la fausseté de leurs principes, cela relève, selon eux, de l’impossible qu’il serait absurde de croire.
Voilà l’un des artifices de Satan, l’un de ses subterfuges : il abuse de ces ignorants, imitateurs(3) des égarés, exactement comme il avait leurré leurs chefs et leurs aînés en leur faisant croire que tout ce qu’ils atteignaient par la spéculation était juste, puisque leur réussite avait effectivement apparu en mathématiques et dans certaines sciences naturelles. Il a donc combiné l’égarement de ceux-ci à l’ignorance de leurs disciples, si bien que la calamité s’est aggravée, le malheur est devenu immense, le monde s’en est trouvé ravagé ; on a renié ce qu’ont apporté les messagers et l’on a mécru en Allah, en Ses attributs et en Ses actes.
Et ces gens ne savent pas qu’un homme peut être un maître en arithmétique tout en étant l’une des créatures les plus ignorantes d’Allah.