Établissement du titre de l’ouvrage
L’auteur a baptisé son livre, dans son introduction — fidèle en cela à son habitude d’accorder un soin particulier aux intitulés de ses œuvres et de les orner d’un style recherché — d’un nom rimé, choisi avec pertinence et exprimant par métaphore l’idée qu’il veut transmettre. Il déclare ainsi (p. 126) : « Je l’ai intitulé : Miftāḥ dār as-saʿāda wa-manshūr wilāyat al-ʿilm wa-l-irāda » (La clé de la demeure du bonheur et le brevet d’investiture de la science et de la volonté).
Le manuscrit (T), conformément à la tendance de son copiste à l’originalité, lit « wa-muntahā » au lieu de « wa-manshūr » ; c’est une méprise manifeste qui ne rend nullement le sens visé par l’auteur, tandis que la leçon adoptée par tous les autres témoins est la seule correcte.
Le manuscrit (Q) se singularise en ajoutant « ahl » avant « al-ʿilm ». Je crois qu’il s’agit d’un simple lapsus du copiste, lequel a reproduit la bonne forme sur la page de titre.
Le manshūr désigne l’acte que le sultan adresse à quelqu’un pour lui octroyer un fief, une charge, une protection ou ce qui en tient lieu ; par son prestige, il n’a pas besoin d’être scellé (1).
L’auteur veut indiquer par là que son livre, de la même manière, fait parvenir celui qui le lit et s’en imprègne à l’investiture de la science et de la volonté, l’asseyant sur le siège de l’autorité.
Ainsi, wilāya se lit ici avec un i initial (wilāyat) et non avec un a (walāyat), contrairement à ce qu’a proposé le savant Shaykh Bakr Abū Zayd dans son ouvrage (2), opinion qui reste difficilement défendable.