Quant à la démonstration (1) qu’al-Râzî a élaborée dans le débat qu’il rapporte entre lui et le roi négateur, elle n’a jamais effleuré ni le cœur d’Abraham ni celui de l’idolâtre, et la formulation coranique ne la suggère en aucune manière. La joute décrite par al-Râzî ressemble plutôt à une controverse opposant un philosophe à un théologien spéculatif ! Comment pourrait-on donc soutenir qu’elle constitue l’intention même de la parole d’Allah, exalté soit-Il ? Ce serait attribuer un mensonge à Allah, à Son Ami et au polythéiste négateur ! Abraham, sur lui la paix, avait une connaissance d’Allah, de Son unicité et de Ses attributs bien trop profonde pour se satisfaire (2) d’un tel débat.
Nous allons à présent citer la parole des maîtres de l’exégèse de sorte que l’on comprenne le véritable sens de cette controverse et ce que le Coran a réellement établi à son sujet.
Ibn Jarîr (3) a dit : Le sens du verset est le suivant : « Ne vois-tu pas, ô Muhammad, celui qui disputa avec Abraham au sujet de son Seigneur ? » Lorsque Abraham lui déclara : « Mon Seigneur est Celui qui fait vivre et qui fait mourir », il voulait dire : mon Seigneur détient le pouvoir de la vie et de la mort ; Il vivifie qui Il veut et fait mourir qui Il veut après l’avoir fait vivre. Le roi répondit : « Moi aussi, je fais vivre et je fais mourir : j’épargne celui que je voulais exécuter et, de ma part, cela constitue pour lui une revivification — c’est ainsi que les Arabes appellent le fait de laisser quelqu’un en vie, comme dans la parole du Très-Haut : “Quiconque sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité tout entière” (Coran 5, 32) — ; et je fais exécuter un autre, ce qui, de ma part, équivaut à le faire mourir. » Abraham lui dit alors : « Certes, Allah fait venir le soleil de l’Orient ; si tu es véridique dans ta prétention à la divinité, fais-le donc venir de l’Occident. » Allah, exalté soit-Il, conclut : « Le mécréant resta confondu », c’est-à-dire qu’il fut réduit au silence et que son argument devint caduc.