On pourra objecter : « Si l’on supposait l’inexistence du Façonneur, le fait même qu’elles soient des essences ne s’abolirait pas ; or, si leur qualité d’essences provenait de Son opération, cette qualité devrait disparaître sitôt qu’on poserait Son retrait. »
Nous répondons : Que désignes-tu exactement par « être des essences, des quiddités » ? Entends-tu par là leur réalité dans le monde extérieur, leur présence dans l’esprit, ou quelque chose de plus englobant ?
Si tu vises le premier cas, il ne fait aucun doute que, dans l’hypothèse de la disparition du Façonneur, elles cesseraient d’être des essences et des quiddités.
Si tu vises le second, sache que les représentations mentales relèvent aussi de Son acte : c’est Lui qui a enseigné, faisant naître les réalités intelligibles dans la science, tout comme c’est Lui qui a créé, faisant paraître les réalités sensibles aux yeux. Il est le Très-Généreux qui a créé puis instruit ; ce qui est dans l’esprit vient de Son enseignement, ce qui est hors de l’esprit vient de Sa création.
Si, enfin, tu entends par là l’élément commun au dehors et au dedans – le simple fait d’être des essences ou des quiddités abstraitement, sans référence ni au mental ni à l’extérieur –, nous te dirons : cela n’est rien du tout. Une chose n’est « quelque chose » qu’en tant qu’elle existe soit au dehors, soit dans l’esprit et la connaissance ; ce qui ne possède ni réalité extérieure ni réalité mentale n’est rien, c’est une pure inexistence. Or, le néant, assurément, n’est ni l’œuvre d’un agent ni l’effet d’un Façonneur.
On pourrait encore répliquer : « Ces essences ne se séparent jamais de l’un des deux modes d’être – mental ou extérieur – ; seulement, nous les avons considérées dépouillées de ces deux modes, les envisageant sous ce seul aspect, puis nous avons porté sur elles un jugement en faisant abstraction de toute attribution à l’esprit ou au monde. »