par déduction.
La grande majorité des esprits raisonnables, toutes écoles confondues, tient un avis opposé et affirme que le Seigneur ne cesse de faire advenir les êtres, comme l’attestent la perception sensible, la raison et le Coran ; en effet, les corps que l’on voit apparaître — leur substance même aussi bien que leurs parties — surviennent après n’avoir jamais été des éléments épars que l’on aurait simplement agrégés. Celui qui prétend le contraire tourne le dos à l’évidence sensible et à la raison.
Il est, d’une certitude immédiate pour tout un chacun, que l’homme et l’animal sont créés, produits après n’avoir pas existé. Chacun sait qu’il a commencé d’être dans le ventre de sa mère alors qu’il n’était rien, et que son être même a été créé, ainsi qu’Allah dit : « Je t’ai certes créé auparavant alors que tu n’étais rien » (Maryam, 19 : 9).
Selon eux, il ne s’agit donc pas d’un fait à démontrer, mais d’un point à partir duquel on argumente, conformément à la méthode coranique : le Coran prend la création de l’homme comme preuve, non comme vérité à établir.
Quant à leur double affirmation — « le survenu n’est qu’un ensemble d’accidents » et « il est composé de monades (al-jawâhir al-mufrada) » —, ce sont là deux propositions fausses. Il est au contraire établi (1) que l’essence même de l’homme est créée, et que l’hypothèse de la monade indivisible est invalide. Quand bien même cette notion serait correcte, elle ne pourrait être connue que par des arguments subtils et complexes ; elle ne saurait donc constituer (2) ni un fondement, ni même une prémisse des principes de la religion.
Leur méthode aboutit ainsi à nier ce qui est acquis — l’apparition des êtres contingents et de leurs essences — et à affirmer ce qui ne l’est pas, voire ce qui est faux : l’existence du jawhar indivisible. Ce n’est pas ici le lieu d’approfondir cette question (3).