ainsi que les califes omeyyades, et les souverains que Dieu a soutenus dans la communauté, anciens comme modernes : nul n’a tenu ces hérétiques plus éloignés de ses portes qu’eux, et jamais leur commerce n’a prospéré sous leur règne, sinon auprès de leurs pareils – tout hypocrite dissimulant son hostilité sous le couvert de l’islam, tout ignorant tombé dans l’ignorance la plus crasse, ou tout esprit déficient en raison et en religion.
Quant aux personnages évoqués dans ce dialogue, lorsqu’ils ont cuvé leur ivresse et se sont retrouvés seuls les uns avec les autres, incapables d’employer entre eux les subterfuges, les mensonges et le zarq (tours de passe-passe) qu’ils pratiquent d’ordinaire avec autrui (1), ils ont reconnu leur ignorance : toute cette affaire, ont-ils admis, n’est qu’intuition, conjecture et zarq. Les réalités du monde suprême sont trop nobles et trop vastes pour entrer dans le champ de leurs connaissances ou se jauger aux sauts de leur entendement (2). Leur ignorance de ces réalités implique nécessairement leur ignorance des jugements qu’ils prétendent en tirer ; ils n’ont, disent-ils, aucune assurance à leur sujet, car il se peut que la sphère céleste adopte une configuration qui annule tous ces jugements, ou une autre où leur nullité et leur validité vaudraient d’égale manière. Ils ne savent ni si cette configuration est impossible, ni le moment où elle pourrait survenir ; elle n’obéit à aucune loi précise ni à aucun calcul connu.
Dès lors, comment une personne douée de raison pourrait-elle conserver la moindre confiance dans la science de leurs jugements, et ces