et de faire en sorte que leur subsistance provienne du mensonge, de la conjecture et du charlatanisme, la plus immonde des sources de revenus qui soit au monde ; en vérité, le gain des prostituées et des tenanciers de lupanars vaut mieux que celui-ci, car les premiers ne l’obtiennent que par des péchés et des passions charnelles, tandis que ceux-là n’ont acquis ce qu’ils possèdent qu’en mentant à propos d’Allah et en revendiquant une science dont ils savent pertinemment qu’elle est mensonge.
Plus étonnant encore est qu’ils reconnaissent eux-mêmes que la sagesse d’Allah – exalté soit-Il – a décrété pour eux ce sort, parce qu’ils ont voulu partager Son mystère, se mêler aux secrets de Son royaume et franchir les limites de la servitude, leur marque distinctive, pour atteindre le rang de la seigneurie, voie qu’Il n’a ouverte à personne.
La sagesse du Tout-Puissant, du Parfait-Sage, a donc voulu les traiter à l’inverse de leurs desseins (1) et à contresens de leurs souhaits : placer tout un chacun au-dessus d’eux dans chaque communauté, faire que, sur toutes les lèvres – gens du commun comme notables –, ils soient qualifiés de plus grands menteurs. En vérité, ils sont les hérétiques matérialistes, ennemis des Messagers (2), le ver qui ronge la royauté (3). Le présage qu’ils représentent pour quiconque leur accorde sa confiance et se soumet à leurs sentences dans ses mouvements, ses repos et la conduite de ses affaires est le plus funeste des présages ; quant au royaume ou au gouvernorat administré sous leur influence, c’est la souveraineté la plus humiliée et la plus chétive. Quiconque possède quelque expérience des nations, quelque connaissance de l’histoire des dynasties, des vizirs et autres, détient à ce sujet un savoir que d’autres n’ont pas.
Voilà pourquoi les rois, califes et vizirs jouissant d’un crédit universel, d’une belle renommée et d’une louange véridique furent les adversaires déclarés de ces hérétiques : tels al-Manṣūr (4), ar-Rachîd, al-Mahdî,