Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

et de faire en sorte que leur subsistance provienne du mensonge, de la conjecture et du charlatanisme, la plus immonde des sources de revenus qui soit au monde ; en vérité, le gain des prostituées et des tenanciers de lupanars vaut mieux que celui-ci, car les premiers ne l’obtiennent que par des péchés et des passions charnelles, tandis que ceux-là n’ont acquis ce qu’ils possèdent qu’en mentant à propos d’Allah et en revendiquant une science dont ils savent pertinemment qu’elle est mensonge.

Plus étonnant encore est qu’ils reconnaissent eux-mêmes que la sagesse d’Allah – exalté soit-Il – a décrété pour eux ce sort, parce qu’ils ont voulu partager Son mystère, se mêler aux secrets de Son royaume et franchir les limites de la servitude, leur marque distinctive, pour atteindre le rang de la seigneurie, voie qu’Il n’a ouverte à personne.

La sagesse du Tout-Puissant, du Parfait-Sage, a donc voulu les traiter à l’inverse de leurs desseins (1) et à contresens de leurs souhaits : placer tout un chacun au-dessus d’eux dans chaque communauté, faire que, sur toutes les lèvres – gens du commun comme notables –, ils soient qualifiés de plus grands menteurs. En vérité, ils sont les hérétiques matérialistes, ennemis des Messagers (2), le ver qui ronge la royauté (3). Le présage qu’ils représentent pour quiconque leur accorde sa confiance et se soumet à leurs sentences dans ses mouvements, ses repos et la conduite de ses affaires est le plus funeste des présages ; quant au royaume ou au gouvernorat administré sous leur influence, c’est la souveraineté la plus humiliée et la plus chétive. Quiconque possède quelque expérience des nations, quelque connaissance de l’histoire des dynasties, des vizirs et autres, détient à ce sujet un savoir que d’autres n’ont pas.

Voilà pourquoi les rois, califes et vizirs jouissant d’un crédit universel, d’une belle renommée et d’une louange véridique furent les adversaires déclarés de ces hérétiques : tels al-Manṣūr (4), ar-Rachîd, al-Mahdî,

(1) (T, S) : «maqṣuduhum» (leur intention). (2) (T, S) : «hum al-zanādiqa wa-l-dahriyya wa-aʿdāʾ al-rusul» (ce sont les zindiqs, les matérialistes et les ennemis des envoyés). (3) (D, Q) : «al-milal» (les religions). (4) C’est ce qu’indique l’auteur, mais l’affirmation est contestable : il a été rapporté (p. 1202) qu’il fit venir des astrologues lors de la fondation de Bagdad ; on précise même qu’il fut le premier calife à les rapprocher et à appliquer les jugements des astres, manifestant pour eux une véritable prédilection. Voir : al-Masʿūdi, Murūj adh-dhahab, 5/211 ; Ibn Saʿid, Ṭabaqāt al-umam, p. 213, 216 ; Ibn al-Qifṭī, Akhbār al-ḥukamāʾ, p. 374, 375, 542 ; as-Suyūṭī, Tārīkh al-khulafāʾ, p. 24 ; Ibn Ṭāwūs, Faraj al-mah​mūm, p. 86.
رزقَهم من أبواب الكذب والظنِّ والزَّرْق، وهو أخبثُ مكاسب العالَم، ومكسبُ البغايا وأرباب المواخير خيرٌ من مكاسب هؤلاء؛ لأنهم كسبوها بذنوبٍ وشهوات، وهؤلاء اكتسبوا ما اكتسبوه بالكذب على الله وادِّعاء ما يعلمون هم كَذِبَ أنفسهم فيه. والعجبُ شهادتُهم على أنفسهم أنَّ حكمة الله سبحانه اقتضت ذلك فيهم لتعاطيهم مشاركتَه في غيبه، والاطلاعَ على أسرار مملكته، وتعدِّيهم طورَ العبوديَّة التي هي سِمَتُهم إلى طور الربوبيَّة الذي لم يجعل لأحدٍ سبيلًا إليه! فاقتضت حكمةُ العزيز الحكيم أنْ عامَلهم بنقيض قُصودهم (١) وعكس مُراداتهم، وجعلِ كلَّ واحدٍ فوقهم في كلِّ ملَّة، ورميِ الناس باللسان العامِّ والخاصِّ لهم بأنهم أكذبُ النَّاس، فإنهم هم الزنادقةُ الدَّهريةُ أعداء الرسل (٢) وسوسُ المُلك (٣)، وأنَّ طالعَهم على من حَسَّنَ الظنَّ بهم وتقيَّد بأحكامهم في حركاته وسكناته وتدبيره شرُّ طالع، والمُلكُ والولايةُ المَسُوسُ بهم أذلُّ ملكٍ وأقلُّه، ومن له شيءٌ من تجارب الأمم وأخبار الدُّول والوزراء وغيرهم فعنده من العلم بهذا ما ليس عند غيره. ولهذا الملوكُ والخلفاءُ والوزراءُ الذين لهم قبولٌ في العالم وصِيتٌ ولسانُ صدقٍ هم أعداءُ هؤلاء الزنادقة، كالمنصور (٤)، والرشيد، والمهدي،
(١) (ت، ص): «مقصودهم». (٢) (ت، ص): «هم الزنادقة والدهرية وأعداء الرسل». (٣) (د، ق): «الملل». (٤) كذا ذكر المصنف ﵀. وفيه نظر. فقد تقدم (ص: ١٢٠٢) خبر إحضاره المنجمين عند بناء بغداد، بل ذُكِر أنه أوَّل خليفةٍ قرَّب المنجمين وعمل بأحكام النجوم، وأنه كان كلفًا بها محبًّا لأهلها. انظر: «مروج الذهب» (٥/ ٢١١)، و «طبقات الأمم» (٢١٣، ٢١٦)، و «أخبار الحكماء» (٣٧٤، ٣٧٥، ٥٤٢)، و «تاريخ الخلفاء» (٢٤)، و «فرج المهموم» (٨٦).

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