immense, d’une gravité considérable, d’une portée redoutable. Alors chacun s’écria (1) : « Quelle chose étonnante ! Qui peut bien en être l’auteur ? Quand cela a-t-il été préparé ? » Voici l’officier du courrier : il n’en trouve pas la moindre trace ; voici le responsable du ravitaillement : il ignore complètement la nouvelle ; voici le grand vizir : il est désemparé ; voici le cadi : il rumine ; voici le chambellan : il demeure interdit. Tous restent étrangers à l’affaire soudaine qui vient de les assaillir. Quant au roi, il a mené son projet à terme, atteint son objectif, obtenu ce qu’il convoitait et réalisé son dessein.
De même, l’astrologue scrute Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, la Lune, Mercure et Vénus, les constellations et leurs tempéraments, la Tête et la Queue du Dragon, leurs points de croisement, le hiylaj et le kadkhudâh (2), ainsi que tout ce qui avoisine ces éléments (3) et peut en fournir un résultat ou un fruit. Il calcule, combine et trace des figures ; mais quantité de données venues des autres astres, dont les mouvements sont lents et les influences dissimulées, se retournent contre lui. Ce qu’il avait négligé, omis ou écarté faute de temps (4) s’empare alors de ses sens, de son intelligence, de sa réflexion et de son discernement, au point qu’il ne sait plus d’où vient l’atteinte, d’où le malheur l’a frappé, ni comment l’affaire s’est ouverte pour lui ou s’est au contraire refermée (5).