et il s’avança toujours plus loin, lança son cheval au galop et interdit à ceux qui l’accompagnaient de le suivre. Lorsqu’il se fut enfoncé dans ces défilés déserts et ces sentiers reculés, loin de la grande voie et de la route bien dégagée, il rencontra un homme ; il s’arrêta, discuta et négocia avec lui, le trouva avisé, compétent, d’un esprit aussi vif pour comprendre que pour expliquer, et lui demanda : « Y a-t-il du bien en toi ? »
L’homme répondit : « Oui, et où le bien se trouverait-il sinon en moi, auprès de moi, avec moi ? Dis-moi ce que tu veux, laisse-moi faire. »
Le roi lui dit alors : « Celui qui se tient devant toi et te parle est le roi de ce royaume ; ne t’effraie pas, rassure-toi. »
Il répliqua : « La félicité m’a été destinée pour toi, et la fortune t’a guidé jusqu’à moi. »
Le roi poursuivit : « Je veux te prendre à mon service (1) pour un dessein qui m’est propre ; si, grâce à toi, j’atteins mon but, tu obtiendras la récompense qui te revient. Je souhaite que tu sois mon œil et un compagnon sincère ; garde mon secret au point qu’il ne traverse même pas ta pensée, et a fortiori qu’il n’atteigne personne d’autre. »
Lorsqu’il eut reçu de lui les garanties fermes et certaines, il lui confia ses instructions, l’exhorta à s’y consacrer et écarta tout obstacle lié à l’objectif recherché. Puis il tourna la bride de sa monture vers son camp et ses proches, les rejoignit, assouvit son désir, puis regagna son trône. Nul, parmi ses parents, ses conseillers, son entourage, ses intimes ou la masse de ses sujets, n’eut connaissance de ce qu’il avait confié à cet homme.
Tandis que tous demeuraient à leurs postes (2), insouciants, ils s’éveillèrent un matin sur un événement