et même ses mouvements ; parfois il déclare : « J’ai vu le roi dire (1) ceci ou cela et accomplir (2) telle ou telle action, et cela signifie telle ou telle chose. » Si cette audace le pousse à un jugement aussi péremptoire, c’est qu’il s’est approprié le regard du roi et sa parole, son agitation comme son repos, ses insinuations comme ses déclarations, son sérieux et ses plaisanteries, son maintien et sa nature profonde (3), ses plis et ses détentes, sa morosité et sa vivacité, sa réserve et son expansivité, sa colère et sa satisfaction.
Puis une idée traversa l’âme de ce roi, une pensée jaillit en lui. Il se dit : « Je veux accomplir une action, laisser une empreinte, créer une situation que ni mes alliés, ni ceux qui m’entourent (4), ni les privilégiés admis à mon intimité (5), ni ceux qui s’accrochent à mes cordes, ni aucun de mes ennemis, de ceux qui épient mes affaires et comptent mes souffles, ne puissent découvrir. Je ne sais pourtant comment l’entamer ni comment la concevoir ; car, chaque fois que je soumets un projet à tous ceux qui recherchent ma protection et gravitent autour de moi, l’affaire devient semblable à toutes mes autres entreprises ; or voilà précisément le travers qu’il m’incombe d’éviter et sur lequel je dois demeurer vigilant. »
Son esprit pénétrant lui souffla alors qu’il devrait, un jour, se préparer pour la chasse ; il en donna donc l’ordre et en répandit la nouvelle. Aussitôt ses compagnons et ses proches se mirent en état, préparant le matériel requis. Lorsque tout fut fin prêt, il se mit en route pour la chasse, parcourut la steppe (6) et se détermina en fonction de ce qui se présenterait à lui.