et la sentence (1).
Tout cela, néanmoins, demeure entièrement soumis au roi : nul ne le devance en rien, nul ne s’arroge la moindre parcelle d’autorité sans lui. Ainsi, l’ensemble des situations suit son cours naturel, chacune avançant sur ses propres rails (2) et se maintenant dans les règles qui la gouvernent ; rien d’entre elles (3) n’est détourné de sa forme, ni élevé au-delà du rang qui lui échoit.
Supposons alors qu’un homme, doté d’une part de fermeté et d’une mesure suffisante de vigilance (4), s’arrête devant ce vaste royaume, en inspecte les portes l’une après l’autre, les circonstances une à une, s’introduise de demeure en demeure (5) et soulève rideau après rideau ; l’examen qu’il mènerait (6), la comparaison qu’il établirait (7) et l’intuition qui s’emparerait alors de lui (8) lui permettraient de savoir ce que le roi fera demain, ce qu’il ordonnera dans un mois, et ce qu’il s’apprête à accomplir dans un an ou deux. Car il épluche les situations pièce à pièce (9), les met en parallèle, et recueille les mots du roi, ses regards et ses signes.
(1) Les manuscrits Z et S de l’ouvrage al-Muqabassat portent la leçon : « wa-l-qadâʾ » (et la justice).
(2) Passage omis par les manuscrits D, Q et Z ; le manuscrit T lit « adillatuhâ », lecture fautive. La leçon retenue est celle d’al-Muqabassat. Par ailleurs, al-adhall est le pluriel de dhill : « chemin aplani par le piétinement ».
(3) Al-Muqabassat donne : « lâ yazilu minhâ shayʾ » (il n’en disparaît rien).
(4) Dans al-Muqabassat (mss. Z, S) on lit : « al-fiṭna » (la sagacité).
(5) Al-Muqabassat (mss. Z, S) lit : « shayʾan fa-shayʾan » (peu à peu).
(6) Le manuscrit T porte « bimâ yatamayyaz » ; al-Muqabassat (mss. Z, S) lit « mâ yatimmu » (ce qui s’achève).
(7) Les manuscrits Q et D lisent « wa-mayyazahu lahu » (et il le lui distingua) ; al-Muqabassat lit « wa-yuthîruhu » (et il le suscite) ; les mss. Z, S : « wa-yassiruhu » (et il le facilite).
(8) Al-Muqabassat lit « wa-yaṣîduhu » (et il le capture) ; ms. Z : « wa-yaṣudduhu » (et il le repousse) ; ms. S : « wa-yaṣdiruhu » (et il le fait repartir).
(9) Passage omis par D. Les mss. Q et T présentent « yaʿlā l-aḥwâl qulnâ », lecture rejetée ; la leçon adoptée suit al-Muqabassat. Les mss. Z, S lisent « ʿalā l-aḥwâl maliyyan » (pendant un long moment quant aux états).