Un autre reprit : « Cela s’éclaire par un exemple. Imagine qu’il existe, à ton époque et dans ton pays, un roi dont le royaume est vaste, la condition éminente, la renommée lointaine, la majesté impressionnante (1). Il est réputé pour sa sagesse, célèbre pour sa fermeté ; il place le bien à l’endroit qui lui convient et fait tomber le mal là où il doit. À lui reviennent la sanction de chaque mauvaise action et la récompense de toute bonne œuvre.
Il a, pour son service de poste, désigné le meilleur de ses proches ; pour la perception de ses revenus, les personnes les plus compétentes ; pour l’exploitation de ses terres, les plus aptes ; il a honoré l’un du secrétariat, un autre du vizirat, un troisième de la lieutenance.
Lorsque tu contemples son royaume, tu le trouves soutenu (2) par la justesse de son jugement et la louange de son administration. Ses favoris l’entourent, sa cour se tient devant lui ; chacun se hâte vers la tâche qui lui incombe, y consacre toute son énergie et la dépense (3). Pendant ce temps, le roi ordonne et interdit, fait partir et revenir, récompense et châtie.
Tous savent – qu’ils soient jeunes ou vieux parmi ses intimes, humbles ou nobles parmi ses sujets, illustres ou obscurs parmi les gens – que le décret concernant telle ou telle affaire (4) a été adressé par le roi à son secrétaire, parce qu’il relève de l’art de l’écriture, de ses rouages et de ses conditions ; qu’un autre ordre a été transmis au chef du service postal, parce qu’il ressortit aux règles et aux techniques du courrier ; qu’un troisième a été confié au responsable des finances, parce qu’il se rattache à la charge pour laquelle il a été nommé ; et qu’un autre dossier a été porté devant le juge, parce qu’il appartient au domaine religieux et judiciaire. »