et qu’il se métamorphose à chaque regard et à chaque clin d’œil, il n’en est pas moins le taqayyul (1) de ce monde supérieur : il se meut par désir de sa perfection, par amour de sa beauté, par volonté de l’imiter et par aspiration à réaliser, autant que possible, chacun de ses traits. C’est en vertu de ce taqayyul qu’il confère à ce monde inférieur ce qui le fait ressembler au monde supérieur ; et, grâce au même taqayyul (2), l’homme imparfait prend pour modèle l’homme accompli, l’homme accompli prend pour modèle l’ange, et l’ange prend pour modèle le Créateur, exalté et glorifié soit-Il.
Un autre a dit : « Si ce taqayyul et cette assimilation se sont imposés, c’est parce que l’existence de ce monde est une existence chancelante et instable : il ne possède aucune forme fixe, aucune figure durable, aucune configuration reconnue ; sous cet aspect, il est indigent, ayant besoin de ce qui le soutienne et le fortifie. Quant à son archétype (3), il est bel et bien réel et permanent. »
(1) Dans les manuscrits et les diverses éditions des « Muqabassât », on lit « mutaqabbil » (avec un b), leçon fautive. Le terme exact est « taqayyul » (l’imitation) ; on dit : « taqayyala untel abâhu » : il a suivi, ressemblé et agi comme son père. Cf. Lisân al-Arab et at-Tâj (racine q-y-l) ainsi que al-Laʾâlî d’al-Bakrî, p. 774.
Les philosophes estiment que la perfection humaine réside dans l’imitation de la divinité dans la mesure du possible, et que la sphère céleste et les astres se meuvent pour imiter ce qui les surplombe. Ainsi a-t-on pu définir la philosophie comme « l’imitation de Dieu autant que faire se peut ».
Références : Darʾ at-taʿâruḍ (9/324) ; ar-Radd ʿalâ ash-Shâdilî (p. 20, 58, 96, 139) ; as-Safadiyya (2/233-234) ; Jâmiʿ al-Masâʾil (6/123-124) ; Bughyat al-Murtâd, p. 229 ; ar-Radd ʿalâ al-Manṭiqiyyîn, p. 220 ; Minhâj as-Sunna (3/285) ; Jâmiʿ ar-Rasâʾil (2/187) ; Majmûʿ al-Fatâwâ (5/465, 12/145, 17/329) ; Taḥqîq mâ li-l-Hind d’al-Bîrûnî, p. 22.
Le savant Muḥammad b. Tâwît aṭ-Ṭanjî n’a pas relevé ce sens dans son édition d’Akhlâq al-Wazîrayn d’Abû Ḥayyân (p. 376).
(2) Les « Muqabassât » portent : « wa-min hâdhâ al-bâb » (« et de cette catégorie »).
(3) Autrement dit : son origine. Le mot est omis dans le manuscrit D, où Ibn Bardas a noté en marge : « ainsi ». Le manuscrit Q lit « masḥahu », et T « sabḥahu », lectures fautives. Les « Muqabassât » ont « sanakhahu wa-sûsahu » ; ici, sūs signifie sinḫ (origine, espèce).