Il est rapporté du Prophète – paix et salut sur lui – qu’Adam s’endormit dans son jardin (1). Or le Paradis de l’éternité ne connaît pas le sommeil, de l’avis unanime des musulmans (2), car le sommeil est une forme de mort, ainsi que l’énonce le Coran (3). Or la mort implique un changement d’état, tandis que la Demeure de la Paix est préservée de toute vicissitude ; et celui qui dort est mort ou comme mort.
Ils ajoutent : il est également transmis qu’il ﷺ répondit à Umm Hâritha lorsque celle-ci lui dit : « Ô Messager d’Allah, Hâritha a été tué à tes côtés. S’il est entré au Paradis, je patienterai en comptant sur la récompense ; mais s’il est allé ailleurs, tu verras ce que je ferai. » Le Messager d’Allah ﷺ lui répondit : « Penses-tu qu’il n’y a qu’un seul paradis ? Il y a, en vérité, de nombreux jardins (4). »
Ainsi, il ﷺ a informé que le Seigneur possède plusieurs jardins ; il se peut donc qu’Allah ait installé Adam dans l’un de Ses jardins qui n’était pas le Paradis d’éternité.
(1) Je n’ai trouvé aucune version attribuée directement au Prophète (marfû‘). Le récit n’existe qu’à l’état mawqûf, rapporté de quelques Compagnons par al-Suddi dans son Tafsîr, puis repris par al-Tabari (1/513), Ibn Mandah dans al-Tawhîd (1/218), al-Bayhaqi dans al-Asmâʾ wa-l-Sifât, etc.
Le Tafsîr d’al-Suddi doit toutefois être examiné : l’imam Ahmad a jugé sa méthode de transmission discutable et le principal rapporteur, Asbât b. Nasr, est considéré comme faible (voir al-Duʿafâʾ d’al-ʿUqayli 1/88 ; Muntakhab al-Irshâd d’al-Khalîlî p. 398). Ibn Mandah, pour sa part, affirme au contraire : « Cet isnâd est solide. » Cf. encore les remarques d’Ahmad Shâkir sur le Tafsîr d’al-Tabari (1/156-160).
Le même propos est transmis en maqṭûʿ par Mujâhid, Muhammad b. Ishaq et al-Suddi chez al-Tabari, Tafsîr (1/514 ; 7/515) et Târîkh (1/104).
(2) Les manuscrits Q, H et N ajoutent : « des musulmans ».
(3) Allusion au verset 42 de la sourate al-Zumar : « Allah reçoit les âmes au moment de leur mort et celles qui ne meurent pas pendant leur sommeil… »
(4) Hadith rapporté par al-Bukhârî (nos 2809 et 3982) d’après Anas.