La faculté d’intuition appliquée aux propriétés des situations (1) qui résultent des combinaisons planétaires a atteint un degré de complexité et de difficulté tel que certains l’ont écartée, estimant qu’il s’agit d’une chose qu’absolument personne ne saurait saisir. La plupart de ceux qui ne s’adonnent qu’au premier savoir – c’est-à-dire la science des configurations célestes – nient cette discipline, en récusent l’utilité et affirment qu’elle n’advient que par hasard, sans qu’aucune démonstration ne la fonde (3).
Il poursuit : « Parmi ceux qui se consacrent exclusivement au second savoir – la science des jugements astrologiques – se trouvent des gens qui tentent d’étayer chacun de ses détails (4) par des argumentations relevant de la spéculation et du débat, et ils s’imaginent (5) qu’il s’agit là d’une preuve, faute de connaître la voie et la nature mêmes de la démonstration. »
Il ressort donc de ces paroles que les praticiens des jugements astrologiques (6) se voient traités d’ignorants, tout comme, dans les propos d’al-Sûfî, les auteurs de relevés d’observation sont accusés d’imposture, alors même que ces deux hommes comptent parmi les grandes figures et les chefs de file de leur domaine.
(1) (T) : «les actes».
(2) Les manuscrits de base lisent «al-munfaridin» aux deux occurrences, lecture fautive ; la leçon retenue suit le Mujmal.
(3) Il répond ensuite : «Nous disons : si la concordance persiste ou se réalise dans la plupart des cas, elle constitue déjà une preuve. Quant à la preuve elle-même, tout ce qui n’en dispose pas n’est pas pour autant à bannir ni à délaisser. Il ne serait ni judicieux ni rationnel d’abandonner l’usage du sakanjabin (oxymel) pour calmer la bile jaune tant qu’une démonstration n’a pas établi son efficacité ; on l’emploie et l’on en profite, et l’on se contente pour preuve de l’effet que l’on observe toujours ou la plupart du temps.» — Réplique fragile et entachée d’une pétition de principe : l’accord des jugements astrologiques n’a jamais été constant ni même fréquent !
(4) (D) : «ses parties».
(5) Le manuscrit D lit «yuzannu» ; les copies Q et T : «fa-zann». La leçon adoptée suit le Mujmal.
(6) Il estime pourtant que cette science s’acquiert par l’expérience et l’analogie : ce sur quoi les nations s’accordent ne peut être contredit, et, dans les points de divergence, on suit ce qui est le plus conforme à l’analogie, sans tenir compte des avis isolés. Son ouvrage al-Mujmal vise précisément à établir cette science et à en détailler les chapitres et questions.