en y empruntant la voie la plus directe que j’aie connue (1) vers le raisonnement analogique, et le chemin le plus limpide que j’aie suivi (2) vers la justesse ; car il s’agit d’un art dépourvu de démonstration, où l’esprit et les conjectures trouvent un champ sans limite (3) entre vérités et erreurs. »
Puis, lorsqu’il en vint à la science des jugements, il déclara à son sujet (4) : « Nul moyen ne permet de l’établir par démonstration, et on ne peut la saisir dans sa totalité, non, pas même dans sa plus grande partie ; car l’objet auquel s’applique cette science, ce sont les individus humains (5), et tout ce qui se trouve au-dessous de la sphère lunaire est, par nature, voué au mouvement et au changement : la plupart du temps, rien n’y demeure dans le même état, et l’homme, quant à lui, n’est pas parfait (6)
(1) Le manuscrit D lit «ʿazwatuhu» ; l’indication manque dans Q ; le manuscrit T propose «ʿazwabah». Nous retenons la leçon du Mujmal.
(2) Le Mujmal donne : «maslak ʿalimtuhu» («la voie que j’ai apprise»).
(3) Le Mujmal porte : «et les propos des ḥashwiyya à ce sujet sont inépuisables». Dans la marge du manuscrit on lit : «les ḥashwiyya appartiennent aux praticiens des aḥkām ; ils formulent dans la discipline des jugements qui sortent du cadre de l’analogie». Je pense que l’auteur a sciemment retranché cette phrase, trouvant le terme «ḥashwiyya» trop lourd.
(4) Pour compléter l’idée, voici le passage omis, tiré du Mujmal : «On accède à la science des jugements astrologiques par deux voies. La première, la plus ancienne, est la connaissance des orbes planétaires, de leurs mouvements, du calcul de leurs éphémérides et de leurs états ; cette science repose sur les instruments et l’observation et s’appuie sur des démonstrations géométriques. Qui la maîtrise détient, après les sciences religieuses, la plus noble et la plus sûre (dans un autre manuscrit : la plus subtile) des sciences. Nous avons déjà consacré à ce sujet deux ouvrages intitulés al-Zij al-jamiʿ et Kitab al-Baligh. — La seconde voie traite des actes émanant des planètes, de leurs puissances et de leurs influences en-deçà de la sphère de la lune. Elle s’acquiert par l’expérience et l’analogie, reste tributaire de la première science et demeure impossible à démontrer…».
(5) Le Mujmal lit : «Cette science, j’entends les hayʾāt (c’est ainsi que je l’ai lue, la copie n’étant pas corrigée) et les individus humains».
(6) Les manuscrits Q et T portent «lil-insān bi-kāmil» («pour l’homme dans son intégralité»), tandis que D lit «lil-insān takāmul» («perfection de l’homme»). Nous avons suivi la leçon du Mujmal, et le mot «quwwa» (force) n’existe pas dans le manuscrit.